Squashlibre

À ANGERS, UN ÉVÈNEMENT CHASSE L’AUTRE

Article de Jérôme Elhaïk

 

L’open international d’Angers, dont la quatrième édition débute le 16 mai, est plus que jamais installé dans le calendrier hexagonal et international. Cet événement traduit la volonté de Nicolas Barbeau et du comité d’organisation de proposer des évènements d’envergure à ses adhérents. Comme d’habitude, le public du Squash du Lac du Maine sera prêt à s’enflammer, surtout si un Français inscrit pour la première fois son nom au palmarès.

 

« Renouveler un événement, c’est plus facile que de le créer. » Ce sont les mots de Nicolas Barbeau, co-gérant du Squash du Lac du Maine avec son compère Philippe Pouffer, et pierre angulaire du comité d’organisation des manifestations accueillies par le club. Parmi elles, il y a bien sûr l’open international, qui repart donc pour un quatrième opus à partir du 16 mai. « Il n’y a pas vraiment de nouveauté par rapport aux éditions précédentes, on peut parler d’une certaine stabilité, indique Nicolas. Le tournoi est maintenant bien ancré dans le calendrier international. L’objectif de le pérenniser est donc atteint, notamment en ce qui concerne les partenaires. L’argent c’est le nerf de la guerre, et tous ont renouvelé leur engagement. C’est donc qu’ils doivent être satisfaits du produit qu’on leur propose … Nous avons depuis quelques semaines un stagiaire – étudiant en Master STAPS – qui fait du bon boulot, et l’une de ses missions sera d’aller chercher de nouveaux sponsors en vue des évènements futurs. » La stabilité est également de mise chez les bénévoles (Éric Desgages, Benoit Viel, Hervé Bonnamour, Patrice Rochard, Delphine Mardon, Théo Ripulles et Jessyca Boisseau pour ne citer qu’eux). Existe-t-il un risque d’usure ? « Pas du tout, car ils savent qu’ils font partie de l’association la plus dynamique de France, » affirme-t-il avant d’éclater de rire. Et lorsqu’on lui demande si lui non plus n’est pas usé par cet investissement sans limite, la réponse fuse : « Moi ? Plus ça va, plus j’ai faim ! Plus sérieusement, je suis satisfait, car on est en train de trouver une vitesse de croisière avec les matches exhibition, le tournoi PSA et les opens régionaux. Il manque à ce tableau un tournoi national, peut-être féminin. »

 

Nicolas Barbeau (à gauche) et Philippe Pouffer gèrent le Squash du Lac du Maine en parfaite harmonie

 

Barbeau parle de vitesse de croisière mais le club a pourtant bien failli chavirer lors du match exhibition du 31 mars dernier, disputé dans une ambiance de folie. «  Les deux joueurs, Cameron Pilley et Ali Farag, ont été exceptionnels. Ça a dépassé mes espérances, notamment en ce qui concerne Farag qui a joué le jeu et s’est vraiment lâché. Le spectacle a été grandiose, grâce à l’alternance de phases de jeu incroyables et de moments drôles. Preuve en est, une bonne partie du public – invitée par les partenaires – ne connaissait pas du tout le squash et ils sont restés scotchés à leur siège pendant 1h30. » Cet événement a de plus largement dépassé les frontières Angevines, grâce à la superbe vidéo réalisée par Vincent Pépion. « Par rapport à l’exhibition féminine Serme – Gohar, on voulait faire mieux en matière de communication post-évènement. Vincent est une jeune reporter qui a fait un travail extraordinaire avec cette vidéo : elle constitue une véritable carte de visite. C’est difficile de raconter une ambiance, une mise en scène etc. avec des mots, et il était primordial de bénéficier de ce genre de support visuel. » Récemment partagée par la Professional Squash Association, elle flirte avec les 15 000 vues. Encouragé par cette réussite, Nicolas a comme à son habitude l’esprit déjà tourné vers l’avenir : « On peut toujours faire mieux. À chaque fois qu’un événement se termine, les personnes qui s’occupent du son et lumières me soumettent quinze nouvelles idées … On a en France un champion du monde et numéro 1 mondial, et j’ai dans un coin de ma tête de le faire venir à Angers. Tout est possible ! »

 

L’exhibition Pilley – Farag du 31 mars a été un énorme succès

 

Comme si cela ne suffisait pas, Nicolas enfilera le temps de l’open international une casquette supplémentaire : organisateur, speaker, reporter, arbitre mais aussi … joueur, puisqu’il participera comme l’an dernier aux qualifications. « Contrairement à ce que certains pourraient penser, ça ne me fait pas spécialement plaisir. M’entraîner pour ne pas être ridicule, et prendre en fin de compte une rouste par un petit jeune qui est 200ème mondial, ça n’est pas mon « kif. » Mais je le fais pour une raison précise : montrer aux gens du club, pour la très grande majorité des joueurs loisirs, l’écart de niveau entre des professionnels et l’entraîneur du club … L’année dernière, j’avais perdu contre le jeune Anglais James Peach qui avait ensuite été battu par Victor Crouin, qui avait lui-même été éliminé au premier tour par Robert Downer etc. Les gens peuvent donc se rendre compte des différents paliers. »

 

CÔTÉ COURT

 

Comme c’était le cas pour les précédentes éditions, le plateau est très cosmopolite : si le tableau principal est composé en bonne partie de joueurs Français et Britanniques, on retrouve dans les qualifications des Égyptiens, un Grec, un Pakistanais, un Iranien etc. Mais l’attraction du tournoi sera l’Espagnol Carlos Cornes, présent sur l’affiche pour la deuxième année consécutive. « Il avait déjà marqué les esprits en 2015, racontait Barbeau en mai dernier, avec un match fou contre son compatriote Alex Garbi. Et le public a encore pu apprécier la beauté de son jeu, tout en technique et fluidité. En plus de ses qualités de joueur de squash, il est irréprochable hors du court. Dès qu’on le sollicite, il répond présent avec le sourire. » Cornes, qui dispute en ce moment le championnat d’Europe par équipes avec sa sélection, avait sorti Fabien Verseille en demi-finale à l’issue d’un match homérique avant de s’incliner contre Angus Gillams. Demi-finaliste en 2015, finaliste en 2016 et pourquoi pas vainqueur cette année ? Le Galicien a d’ailleurs remporté deux de ses trois titres sur le circuit en France, à Lorient et Château-Arnoux. Mais son parcours sera semé d’embûches cette année au Lac du Maine. Avec pour commencer l’Écossais Rory Stewart, qui au vu de ses résultats récents vaut largement mieux que son classement de 255ème mondial. Puis l’Anglais Adam Auckland, compagnon de la numéro 2 française Coline Aumard, et qui s’est récemment distingué en atteignant le dernier carré à Annecy. Avant une éventuelle demi-finale contre un Christophe André, qui s’il est à 100 % de ses moyens physiques (il a disputé peu de tournois en 2017 en raison de soucis au dos) fera incontestablement partie des prétendants à la victoire.

Adversaires il y a quelques mois en finale à Château-Arnoux, Carlos Cornes et Christophe André pourraient se retrouver à Angers (Crédit photo : Hibouweb)

 

La tête de série numéro 2 est un joueur qui, comme Cornes, a atteint son meilleur classement sur le tard, à 27 ans : sur le circuit depuis 2009, l’Anglais Adam Murrills a remporté en décembre dernier son premier tournoi, et deux autres depuis. Sa partie de tableau a une couleur très bleu-blanc-rouge : au premier tour, il sera opposé à Edwin Clain, auquel Barbeau a été « ravi d’attribuer la wild card à la demande de son entraîneur Yann Ménégaux. » Médaillé de bronze du dernier championnat de France junior, le jeune joueur de l’US Créteil a effectué ses premiers pas sur le circuit international il y a quelques jours à Lorient. Murrills pourrait ensuite affronter Enzo Corigliano, « qui fait la fierté de la Ligue des Pays de la Loire, indique son président Guillaume Lautier, car il s’est entraîné pendant plusieurs années au pôle Espoir du Mans. » Le Néo-Calédonien avait d’ailleurs disputé l’un de ses tous premiers tournois PSA à Angers en 2015 contre un certain … Carlos Cornes. Parmi les autres demi-finalistes potentiels, on trouve le Pakistanais Asim Khan, finaliste à Niort en 2015, et le champion d’Europe junior, Victor Crouin (voir l’interview ci-dessous).

Adam Murrills (au premier plan, ici contre James Willstrop aux British Nationals en 2016) est l’un des joueurs en forme sur le circuit PSA (Crédit photo : www.squashsite.co.uk)

 

Nicolas Barbeau ne sera pas le seul Français dans les qualifications, puisqu’on y retrouvera Johan Bouquet. « Il sera assurément le joueur à éviter, selon Barbeau, y compris dans le tableau principal s’il y parvient. » Le Toulousain a peut-être quitté le circuit international depuis 2013, mais il demeure un joueur plus que compétitif, en témoigne ses récents succès sur des tournois nationaux (à La Réunion et aux Escures). Battu au premier tour des qualifs en 2016, il aura certainement à cœur de faire mieux cette année.

L’expérimenté Johan Bouquet sera le joueur à éviter dans les qualifications

 

 

VICTOR CROUIN : « L’AMBIANCE À ANGERS M’AVAIT BEAUCOUP PLU ! »

Début avril à Lisbonne, Victor Crouin est devenu le quatrième joueur français à devenir champion d’Europe junior. À 17 ans, le Toulonnais continue son superbe parcours en jeunes, avant des prochains mois qui s’annoncent excitants : le bac, le championnat du monde junior en Nouvelle-Zélande et à moyen terme un probable départ aux États-Unis. Avant cela, Victor sera l’une des meilleures chances tricolores à Angers. Entretien.

Jérôme Elhaïk : Salut Victor. Pour commencer, un mot sur l’open international. Tu l’avais disputé l’an dernier, quel souvenir en gardes-tu ?

Victor Crouin : J’avais franchi les qualifications en battant James Peach, qui venait de finir troisième du championnat d’Europe junior, puis j’avais perdu au premier tour contre un autre Anglais, Robert Downer. J’étais arrivé à la gare d’Angers sous le déluge, mais j’avais été accueilli par des gens très sympathiques. C’était la découverte d’un nouveau club avec des personnes que je ne connaissais pas. Je me souviens d’un public nombreux et qui encourageait fortement les joueurs français, l’ambiance m’avait beaucoup plu ! J’essaierai de faire mieux que l’an passé et pourquoi pas de remporter mon premier tournoi sur le circuit.

“Je vais essayer de faire mieux que l’an passé et pourquoi pas remporter mon premier tournoi !”

J.E. : Revenons à ta récente victoire au championnat d’Europe junior. À quoi as-tu pensé dans les secondes qui ont suivi, et est-ce que tu la places parmi tes meilleurs souvenirs dans le squash ?

  1. C. : En fait, au début du quatrième et dernier jeu, je me suis mis à compter dans ma tête le nombre de points qu’il me restait à marquer pour gagner le match, et ça m’a donné un coup de boost supplémentaire. Je ne pensais plus du tout à la technique ou la tactique, uniquement à l’aspect mental. A la fin, j’ai crié mais c’était vraiment de la joie. J’étais fier de cette victoire, j’en garderais longtemps le souvenir dans ma tête … Peu de joueurs français ont remporté ce titre (NDLR : Grégory Gaultier, Grégoire Marche et Lucas Serme chez les garçons), donc il signifie beaucoup pour moi et je le classe sans hésitation comme l’un de mes meilleurs souvenirs dans le squash.

En battant l’Anglais Kyle Finch, Victor Crouin est devenu le quatrième français champion d’Europe junior (Crédit photo : KPhoto)

J.E. : Tu as enchaîné directement par l’épreuve par équipes, est-ce que ça été compliqué où au contraire tu as surfé sur une vague de confiance après ton titre individuel ?

V.C. : C’est vrai que ça n’a pas été facile. J’ai perdu beaucoup d’influx sur le tournoi individuel, et le simple fait de retourner sur le court a été une sensation bizarre. Comme si le sentiment d’accomplissement était déjà parti ! Je devais repartir au travail pour relever de nouveaux défis. D’un autre côté, ma confiance était évidemment au maximum (NDLR : malgré les performances de Victor, qui a remporté tous ses matches, la France a été éliminée en quarts de finale).

J.E. : Est-ce difficile de gérer la transition entre les tournois jeunes – où tu gagnes la plupart du temps – et adultes ?

V.C. : Ce n’est pas évident mais ça dépend de la manière dont on voit les choses. Je n’ai peut-être gagné qu’un seul match mais c’était une belle performance (NDLR : contre le Portugais Rui Soares à Annecy, cet entretien a été réalisé avant son quart de finale à Lorient). Je suis encore junior, et c’est chez les jeunes que se situent mes véritables objectifs. Ces matches en PSA sont donc un bonus : je veux désormais jouer en étant relâché et ne plus me mettre de pression.

Sorti au premier tour par Robert Downer en 2016, Crouin a à cœur de faire mieux cette année à Angers

 

J.E. : Tu parlais d’objectifs chez les jeunes, il y aura évidemment le championnat du monde junior en juillet en Nouvelle-Zélande. Même si tu voyages depuis de nombreuses années avec le squash, tu n’es jamais sorti du continent !

V.C. : En effet ce voyage va être une grande première. Il faudra que je digère le décalage horaire et que je m’adapte aux conditions météorologiques, car je crois que ce sera l’hiver là-bas. Outre l’objectif majeur qui sera le mien à Tauranga, ce sera aussi une très belle expérience humaine à vivre.

“J’ai le sentiment qu’en France, on doit laisser le sport de haut niveau de côté si l’on aspire à des études supérieures.”

J.E. : Tu avais évoqué il y a quelques temps un possible départ en université américaine. Est-ce qu’il y a du nouveau à ce sujet ?

V.C. : En effet, je vais certainement quitter la France après une année sabbatique. J’ai le sentiment que dans notre pays, on doit laisser de côté le sport de haut niveau si l’on aspire à des études supérieures : ça n’est pas ma philosophie, certainement en raison de mon éducation, et les universités américaines sont plus à même de me procurer un diplôme solide tout en ayant la possibilité de m’entraîner régulièrement et de manière qualitative. Je prévois donc de rester une saison de plus à Aix en me concentrant sur le squash, et mon objectif est d’être installé aux États-Unis en septembre 2018. Néanmoins, je suis très reconnaissant de ce que ces quatre années m’ont apportées. D’ailleurs, pourquoi ne pas revenir par la suite, si la structure fédérale veut bien de moi ? Dans le cas contraire, j’ai autour de moi une petite équipe composée de personnes compétentes et de confiance.

 

Like this Article? Share it!

About The Author

1 Comment

Leave A Response