Squashlibre

L’innovation

La démarche première du joueur est celle de l’innovation, de l’invention permanente d’un nouveau langage technique, d’une nouvelle tactique et d’une nouvelle stratégie. En plus d’être dans une situation permanente de résolution de problème, le joueur doit également chercher de façon systématique à en poser à son adversaire, ceci à chaque frappe. Simultanément le joueur défend (résout un problème) et attaque (pose un problème).
Le système joueur est un système complexe multifactoriel, toutes les composantes biologiques sont en inter action. Cela veut dire qu’il faut analyser tous les facteurs et les traiter comme un tout, comme un ensemble fonctionnel indissociable.
La créativité, celle du joueur et/ou celle de l’entraîneur, est la capacité à trouver une solution au problème que pose l’activité squash. Ce qui demande de faire preuve d’une originalité associant d’une part une situation concrète (technique gestuelle) à un processus mental (tactique et stratégie) et d’autre part avoir développé des possibilités techniques suffisamment qualitatives en terme de solution.
Or nous savons qu’en squash la créativité s’évalue par le temps de réponse, par la rapidité à produire des réponses adaptées aux situations changeantes (chaque frappe de l’adversaire entraîne une situation changeante).
Le joueur se situe dans une imagination constructive, dans une prospection de possibles innovations dont les représentations mentales (RM) jouent un rôle considérable. Par la création d’innovations, le joueur améliore pas à pas la pratique de son squash, La capacité à imaginer et à réaliser des expérimentations personnelles apporte quelque chose de nouveau à la connaissance spécifique individualisée. La polysémie (sens et contresens de la frappe) et le polymorphisme (produire plusieurs formes de frappe) sont subséquents à l’imagination et à l’inventivité (conjointes) de chaque joueur.
L’acte de créer quelque chose de nouveau est un phénomène complexe qui a un rapport indispensable avec des données théoriques comme : les neurosciences, la cognition, la gestion mentale, la prise d’info et son traitement.
Au fur et à mesure que le joueur avance vers le haut niveau, la gestuelle est de plus en plus spécifique et de plus en plus individualisée. Ce qui nous amène à dire qu’il n’y a pas de technique standardisée, mais plutôt un savoir-faire personnalisé, autrement dit : du sur mesure en quelque sorte.
Nous pouvons ajouter que la créativité a une part essentielle avec l’innovation considérée comme la maîtrise fonctionnelle du squash en liaison avec la mémoire et l’émotivité.
La création innovante fait partie de l’espace individuel recouvrant à la fois la planification de l’action, l’action elle-même et le résultat de l’action : résoudre des problèmes et en poser. Elle devient une démarche cognitive et métacognitive qui se caractérise par la mise en relation de la prise d’info et d’une gestuelle adaptée à la situation du moment. Elle commence par la détection du problème, se poursuit par l’identification de la solution, autrement dit par le choix de l’outil technique adapté et se termine par la planification de l’action, impliquée dans la gestion ponctuelle de l’espace et du temps et non pas dans la reproduction d’un programme tactique préétabli.
La volonté de s’améliorer, avec l’intention de se former, de transformer son squash, va pousser le joueur vers une créativité innovante. Nous sommes là dans la liaison des sciences cognitives et des sciences conatives (volonté dirigée vers l’action, réflexion sur le comment faire).
Cette créativité peut prendre plusieurs formes, celle qui nous intéresse en premier lieu, est la créativité pratique (comprenant la gestuelle, la tactique, la stratégique. L’imagination de l’action inattendue (créer de l’imprévu) permet la mise en place d’un rapport de force favorable pour marquer le point.
Cette démarche se situe dans un processus de gestion mentale favorisant l’auto construction du joueur et son autonomisation.
L’entraîneur et le joueur sont impliqués dans le fonctionnement systémique, dans la recherche de l’excellence. La mise en place de nouveaux modes d’action, contribue à la conceptualisation de processus d’apprentissage plus efficaces.
La pédagogie par projet oriente cette conceptualisation. Un nouveau projet commence dès la fin du projet précédent et se termine à la mise en place du projet suivant. L’élaboration d’un projet fait suite à un questionnement : qu’est-ce que je dois mettre comme situation d’apprentissage pour améliorer la qualité ?
Le projet passe par un dispositif de gestion mentale destiné à la création de conditions les plus favorables au développement qualitatif dans un secteur précis et imaginé en RM. C’est la manière dont le joueur va gérer mentalement sa capacité de créativité innovante qui va justement lui permettre de s’approprier l’innovant. Il est difficile d’innover sans conjuguer les apports théoriques (sans cesse renouvelés) avec des apports concrets nouveaux.
Chaque joueur et chaque entraîneur apportent une pierre à l’édifice. C’est ainsi que les choses évoluent : par la créativité innovante.

Paul Sciberras

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