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Les idéaux de l’Olympisme passés à la loupe après que les meilleurs golfeurs décident d’éviter Rio.

 

Par Alan Thatcher. Traduction Benoit Tricot

 

James Willstrop est l’auteur d’un nouveau plaidoyer enflammé pour la participation du squash aux Jeux Olympiques après que Roy McIlroy est devenu le dernier golfeur en date à annoncer qu’il ne participerait pas aux Jeux de Rio le mois prochain.

 

Le blog de Willstrop, relayé par The Guardian Online, mettait en lumière le contraste qui existe entre les meilleurs golfeurs du monde et les joueurs de squash.

 

Alors que les joueurs de squash perfectionnent leur swing entre quatre murs de ciment, ou parfois de verre, ils ont en même temps les poumons à la recherche d’oxygène en pratiquant un des sports les plus intenses jamais inventé par l’homme, et tout cela pour des revenus limités. Les meilleurs golfeurs quant à eux, profitent pleinement de l’air libre, où l’oxygène y est d’un type rare, celui réservé aux énormes richesses présentes aux plus hauts échelons du sport.

 

Il n’est pas nécessaire d’être diplômé d’une école de commerce pour comprendre les revenus de sponsoring générés par des heures de couverture audiovisuelle à travers le monde pour tous les tournois majeurs de golf, et la différence que cela représente avec ceux générés par le squash.

 

Les Jeux Olympiques ne sont pas, et ne seront certainement jamais, un tournoi majeur pour le golf. Alors que les golfeurs apparaissent peu sûrs d’eux au moment d’honorer les Jeux de Rio de leur présence, les joueurs de squash ont une fois de plus clamé haut et fort qu’ils seraient prêts à ramper sur du verre brisé si cela signifiait qu’ils pouvaient participer aux Jeux Olympiques.

 

McIlroy lui, a clairement indiqué que ce n’était pas son cas lorsqu’il fut interrogé sur sa décision de snober les Jeux Olympiques, lors du British Open à Troon, en Écosse.

 

« Je n’ai pas commencé à jouer au golf pour promouvoir le sport » a t-il déclaré. Il a également indiqué qu’il avait hâte de regarder les Jeux Olympiques à la télé, mais qu’il ne regarderait pas le golf. « Je regarderai uniquement les sports qui ont de l’intérêt » a t-il conclu.

 

Des déclarations honnêtes de la part de McIlroy pour justifier sa position, mais qui contrastent complètement avec la ferveur quasi-évangélique des joueurs de squash qui se sentent régulièrement floués à chaque fois qu’ils se voient refuser l’opportunité de remporter un jour une médaille olympique.

 

La Malaisienne Nicol David a déclaré à de multiples reprises qu’elle échangerait avec plaisir ses huit titres mondiaux contre une médaille d’or olympique.

 

J’ai déjà écrit de nombreux articles sur le sujet, mais prenons une nouvelle fois le temps d’examiner les véritables raisons pour lesquelles le golf et le rubgy à 7 ont été choisis comme sports olympiques au détriment du squash.

 

Le Comité International Olympique (CIO) a reconnu d’emblée que la décision était une décision commerciale. Le rugby à 7 remplira le stade olympique pendant les trois ou quatre jours précédant l’athlétisme, augmentant ainsi les recettes provenant de la vente de billets. Quant au golf, il permettra de générer des revenus de sponsoring et de droits télé pour le plus gros marché commercial du monde : les États-Unis.

 

Quand la décision fut prise en 2009, Tigers Woods figurait parmi les sportifs les plus populaires au monde et l’annonce de son soutien à la candidature du golf pour devenir un sport olympique fut l’une des raisons-clés de la tournure des évènements.

 

Considérez ce simple fait : à l’époque les audiences télé aux Etats-Unis de n’importe quel tournoi de golf passaient du simple au double si Tiger Woods y participait.

 

Son nom, associé aux importants revenus que le CIO génère par le sponsoring et les annonces publicitaires, est ainsi devenu un argument financier de poids écrasant tous les débats vantant les mérites du squash.

 

Quelques mois plus tard, cette bulle financière a éclaté au moment où la vie privée de Tiger Woods était étalée sur la place publique. Il n’a jamais retrouvé son niveau depuis, ni sa valeur auprès des sponsors.

 

Je me suis toujours demandé comment le CIO aurait agi, et quel aurait été le sort du squash, si le scandale Tigers Woods avait éclaté 12 mois plus tôt.

 

Le squash ayant été un succès aux derniers Jeux du Commonwealth à Glasgow, puis aux Jeux Panaméricains à Toronto (et à un degré moindre aux Jeux Asiatiques au Japon), le sport espérait que cette visibilité sur le plan international l’aiderait à obtenir sa place aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

 

Pourtant nos espoirs furent brisés une fois de plus lorsque nous apprenions que nous n’étions pas dans la liste des nouveaux sports, ni même dans la liste additionnelle de cinq sports proposée par les organisateurs Japonais.

 

La plupart des sports mis en avant par les Japonais ont pour but d’attirer les plus jeunes. Le squash, d’une manière ou d’une autre, se doit d’accepter la simple vérité qui suit : le squash est un sport pour les plus jeunes (tous les « jeux » le sont en réalité, si on y réfléchit bien) mais les études démographiques montrent bien que le sport est plus populaire chez les personnes âgées de 45 ans et plus.

 

Il devient de plus en plus difficile d’encourager les plus jeunes à démarrer un sport, surtout quand ces derniers passent la majorité de leur temps consacré aux loisirs collés à un appareil électronique sous quelque forme qu’il soit. Le squash est en compétition avec tous les autres sports pour une capacité d’attention des plues jeunes toujours plus réduite.

 

Malgré la tenue des Jeux Olympiques à Londres, ayant coûté plus de neuf milliards de livres au contribuable britannique, il y a désormais moins de personnes qui pratiquent un sport au Royaume-Uni qu’il n’y en avait avant 2012.

 

Si donc même avec un investissement de cette grandeur il est impossible de maquiller les chiffres, quelle est donc la chance des petits sports de se faire remarquer ? Que ce soit au plus bas de l’échelle pour les joueurs loisirs, ou bien pour tenter d’impressionner l’équipe dirigeante du CIO qui vous a invité à présenter une candidature à un million de dollars que vous n’avez pas en votre possession.

 

De nombreux pays font désormais machine arrière quant à l’idée de soumettre une candidature pour l’organisation des Jeux à cause des coûts astronomiques qui y sont liés. C’est cette raison qui a poussé le nouveau maire de Rome à mettre fin à la candidature de sa ville pour les Jeux de 2024, faisant de Los Angeles la ville hôte la plus vraisemblable.

 

Les sponsors principaux et les chaines de télévision partenaires du CIO (dont la plupart sont basés aux Etats-Unis), seront une fois de plus en position de force pour influencer le vote sur quels sports seront présents. Il serait stupide, et un peu naïf, d’imaginer que les choses se passent autrement.

 

Comme cela était prédit dans Breaking Glass, un roman portant sur le squash, les rues de Rio ont vu défiler de nombreuses manifestations de la population locale visant à faire comprendre au gouvernement Brésilien que l’argent dépensé dans l’organisation de la coupe du Monde de football en 2014 et des Jeux Olympiques cette année, aurait mieux fait d’être dépensé dans la santé, l’éducation, la création d’emplois, les transports et pour combattre la délinquance.

 

Nous avons également eu droit aux traditionnelles craintes concernant la date de finition des différents sites et infrastructures. Et ce que les golfeurs ne vous ont pas dit ? Ils n’étaient pas franchement enthousiasmés pas la qualité du parcours construit au Brésil.

 

Les Jeux Olympiques ont failli ruiner Montréal. Et je me demande combien de sites ayant servi pour les jeux d’Athènes et de Sydney sont encore en service aujourd’hui.

 

Malgré l’assurance que le squash serait une addition peu coûteuse pour les Jeux Olympiques, la candidature pour son inclusion n’a abouti sur rien de plus qu’une succession de rejets.

Avant que nous ne laissions la dépression nous gagner quant à nos chances de devenir un jour un sport Olympique, nous devrions peut-être nous intéresser à l’avis de certains joueurs qui avaient prévenu leur fédération à la fin de l’année dernière qu’ils n’était pas très enthousiastes à l’idée de participer au championnat du monde par équipes en Egypte.

 

La compétition avait fini par être annulée devant les craintes de nombreuses nations sur la sécurité entourant l’événement. Mais je sais que quelques joueurs s’étaient montrés réticents à faire le déplacement au milieu d’un calendrier chargé, et à se rajouter une charge d’entraînement pour des gains financiers quasi-nuls. Cela est-il complètement différent des déclarations de Roy McIlroy et des autres golfeurs ayant décidé de ne pas aller à Rio ?

 

À cause également d’une agence de marketing incompétente n’ayant pas réussi à trouver de sponsors, la décision de reporter le championnat du monde féminin à Kuala Lumpur a envoyé un message plutôt négatif au moment où nous aurions dû projeter aux yeux du monde les fabuleuses images de nos meilleurs joueurs, démontrant la dimension dramatique du sport qui, nous espérions, aurait accordé rapidement au squash une place aux Jeux Olympiques.

 

Une dispute éclata ensuite entre la PSA et la WSF sur la direction à prendre pour les futures candidatures olympiques, la PSA ayant insisté ces dernières années sur le développement de la couverture télévisuelle et la présentation des tournois.

 

La WSF fut critiquée pour ne pas avoir conservé les services de Vero Communications, une agence de lobbying majeure créée par Mike Lee, l’un des acteurs les plus compétents dans son domaine. Il a notamment participé à l’attribution des Jeux de 2012 à Londres, celle des Jeux de 2016 à Rio et à la candidature surprise du Qatar pour l’organisation de la coupe du monde de football en 2022. En tant qu’ancien directeur des médias pour la Premier League et pour l’UEFA, il est sans doute l’individu ayant le plus de connections dans les coulisses du pouvoir du monde du sport.

 

Quand il fut remercié par la World Squash Federation, le président de la WSF Narayana Ramachandran prit lui-même en charge le dossier de candidature. Pendant ce temps là, Vero fut engagé par le surf, qui est désormais l’un des sports mis en avant par le Japon pour intégrer les Jeux de Tokyo à l’instar du baseball-softball, de l’escalade, du karaté et du skateboard. Mike Lee a également mené la candidature du rugby à 7 pour son inclusion aux Jeux de Rio.

 

Mais le squash, de manière désastreuse, a préféré le laisser filer.

 

Nos meilleurs joueurs ont tout à fait le droit d’être contrariés par l’ambivalence des meilleurs golfeurs mondiaux envers leur participation aux Jeux Olympiques, mais ce drame de dernière minute du « J’y vais, j’y vais pas » s’est déroulé dans un décor d’une nature bien plus sinistre.

La Russie, qui a joué un rôle très important dans le retour de la lutte aux Jeux Olympiques, et par la même occasion détruit une nouvelle candidature du squash qui méritait mieux, a fait la une des journaux pour des affaires de corruption à grande échelle dans le cadre de contrôles anti-dopage et de falsification de preuves sanctionnées par le gouvernement.

 

Des lanceurs d’alerte ont fini par dévoiler cette affaire sordide où le dopage des athlètes Russes et l’utilisation d’un tas de stratagèmes tordus visant à éviter la détection semblent avoir eu lieu à l’échelle industrielle.

 

Pourtant, le CIO a renoncé à banir la totalité des athlètes Russes des Jeux de Rio après avoir fait la promesse de mettre en place un grand nombre de tests rigoureux pour tous les athlètes présents au Brésil.

 

Alors que le cyclisme, l’haltérophilie et de nombreuses autres disciplines Olympiques ont été secoués par des affaires de dopage au fil des années, il est peut-être temps pour le monde du squash de s’interroger sur la nature des Jeux Olympiques dont il voudrait faire partie.

 

 

 

 

 

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