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3ème Open International d’Angers : LES DEUX FRANÇAIS QUE L’ON N’ATTENDAIT PAS

 

Il y avait douze français sur la ligne de départ à Angers, et parmi eux ce sont deux joueurs sortis des qualifications qui se sont hissés en demi-finale. Alors que pour certains la saison a été longue, Vincent Droesbeke et Fabien Verseille ont profité de leur fraîcheur mentale et physique pour briller sur les courts du Squash du Lac du Maine. Deux trajectoires totalement opposées, puisque l’un vient de débuter à 24 ans sa carrière professionnelle, tandis que l’autre, retiré du circuit, disputait son premier tournoi depuis 3 ans. Découverte de deux personnages hauts en couleurs.

DROESBEKE N’EST PLUS UN BIZUT

Toute la semaine, on a parlé de lui. Pour ses tenues achetées en urgence avant le tournoi (« Peut-être que je rejouerai avec, elles m’ont portées chance, » a-t-il confié à Nicolas Barbeau après un de ses matches), alors que ses affaires n’ont jamais quitté Barcelone, la ville où il réside. Ou encore pour avoir involontairement provoqué des débats interminables sur l’arbitrage sur les réseaux sociaux, après une décision litigieuse suite à la chute de sa raquette pendant un échange. Mais ne vous-y trompez pas, c’est par ses performances que Vincent Droesbeke s’est distingué à Angers, atteignant sa première demi-finale moins de deux mois après ses débuts sur le circuit professionnel. « Évidemment, je suis très content de ce résultat, nous a-t-il confié, surtout que j’ai battu au passage trois joueurs classés devant moi en France. Est-ce que je suis devenu un vrai un joueur professionnel grâce à ce tournoi ? Peut-être (rires). En tous les cas, c’est la première fois que je bats des joueurs confirmés depuis mes débuts. Jusqu’à maintenant, j’en avais accrochés certains, mais c’est tout. D’ailleurs je n’ai jamais perdu 3-0 en PSA. Si ce n’est en Malaisie fin 2015, avant de commencer véritablement ma carrière. Donc on va dire que ne ça ne compte pas … »

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Comment explique-t-il ces très bons résultats à Angers, lui qui s’était sèchement incliné deux fois contre Christophe André cette saison ? « J’ai joué comme d’habitude. Simplement, depuis que j’évolue sur le circuit, je m’entraîne plus et j’aborde les tournois avec davantage de motivation et de rigueur. Et je commence à progresser au niveau de la concentration, qui est mon pêché mignon depuis le début. Quand tu vois un mec comme Gillams, il n’est pas flamboyant, juste solide et régulier. Après attention, il a de bonnes longueurs, et les coups d’attaque je pense qu’il pourrait les faire, mais jouer comme ça c’est apparemment ce qu’il faut faire pour être 80ème mondial … Pour revenir sur mon tournoi, je suis conscient que Christophe (André) et Baptiste (Masotti) étaient en fin de saison, et qu’ils étaient éprouvés physiquement et mentalement. Donc, je ne vais ni me gargariser de ces victoires, ni bouder mon plaisir. » Installé à Barcelone chez son ami Dani Pascual, Vincent mène tranquillement son petit bonhomme de chemin. À l’heure où la plupart des joueurs rangent leurs raquettes pour des vacances bien méritées, le barcelonais d’adoption a un programme chargé au cours des prochaines semaines. « Mais c’est logique, ma saison n’a véritablement commencé qu’en avril, même si j’avais disputé quelques tournois nationaux auparavant. D’ailleurs, je ne m’attendais pas trop à aller en demi-finale à Angers, car les deux semaines précédentes j’avais effectué une préparation spécifique pour la tournée australienne qui m’attend en juillet (il y disputera 4 tournois). Avant cela, j’aurai également les playoffs de Nationale 2 avec Challes-les-Eaux (qui avaient lieu le weekend dernier, son équipe s’est inclinée en demi-finale contre l’équipe de Royan ou évolue un certain Nicolas Barbeau), qui me tiennent vraiment à cœurpuis un tournoi à Gibraltar fin juin. Mon objectif, c’est de rentrer dans le top 200 mondial. Ensuite, je ferai un break fin août avant d’attaquer une grosse préparation en septembre. »

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Une semaine avec Vincent Droesbeke, ça ressemble à quoi ? « Lundi, mardi, mercredi, c’est deux séances par jour, plus la musculation mais ça c’est plus pour la plage que pour le squash (rires). Jeudi, c’est repos, puis rebelote le vendredi et le samedi avant un nouveau break le dimanche. Qu’est-ce que je fais de mon temps libre ? Pour l’instant du tourisme, puisque j’ai été tout le temps en déplacement, entre l’Afrique du Sud et l’Arménie puis deux tournois en France (Lorient et Angers). » Mais un joueur de squash professionnel, c’est aussi en quelque sorte un auto-entrepreneur … « Je gère mon petit budgetPour l’instant, je ne suis pas trop mal, sachant que j’ai déjà intégré les dépenses pour quelques déplacements à venir. Après c’est sûr qu’au niveau des prize money, les tournois nationaux rapportent plus que les PSA, il faudra peut-être que j’en fasse plus la saison prochaine. La planification des tournois, savoir si on va rentrer dans un tableau, ce n’est pas la partie que je préfère. Mais j’imagine que quand on est top 50 mondial, c’est un peu moins stressant … »

VERSEILLE, TOUT POUR L’ATTAQUE

Les connaisseurs avaient sans doute remarqué que depuis quelques semaines, Fabien Verseille avait disputé quelques tournois nationaux, avec de bons résultats à la clé (victoire à Grenoble et finales à Toulon et Clermont). Peut-être pas au point de l’imaginer en demi-finale à Angers, pour sa première apparition en PSA depuis 2013. L’aixois, qui fût 3ème du championnat de France en 2011, n’a pas atteint son objectif puisqu’il était venu pour gagner. Mais une chose est sûre, il aura marqué cette édition 2016 de son empreinte, avec deux matches d’anthologie contre Benjamin Aubert et Carlos Cornes. Entretien-vérité …

Jérôme Elhaïk : Dans ton interview après ta victoire contre Benjamin Aubert au premier tour, tu as dit que tu étais venu pour gagner le tournoi. Je ne sais pas si c’était une boutade, mais tu t’attendais à quoi en venant à Angers, toi qui n’avais pas joué en PSA depuis plusieurs années ?

 

Fabien Verseille : Quand un joueur participe à un tournoi c’est pour essayer de le gagner. Évidemment je n’ai pas forcément la condition physique pour, mais il faut toujours partir positif. Je connais le niveau de ce genre de tournoi (PSA 5000 $) car j’en ai joué pas mal dans le passé. Je savais que si je pouvais tenir physiquement, il n’y avait pas de raison que je n’aille pas jusqu’au bout. Depuis l’incendie qui a ravagé le Set d’Aix, je m’entraîne beaucoup moins. Je joue de temps en temps avec les gars à Aix, ce qui me permet de garder un niveau correct et d’avoir un peu de rythme. Les quelques tournois nationaux que je dispute contribuent aussi à me maintenir en forme. Donc le fait d‘avoir une place de local player dans les qualifications, ça m’a a vraiment poussé à donner le maximum pour accrocher le titre, je n’en ai gagné aucun pendant ma carrière ! Malheureusement ce sera pour une prochaine fois. 

13321788_358007440989999_4577794741665893539_nJE. : Tu as quitté le circuit début 2013 et je crois savoir que tu es coach depuis quelques mois, peux-tu me raconter ce que tu as fait pendant ces quelques années ?

FV. : Concernant le squash, j’ai eu une période creuse pendant quelques temps, un passage à vide suite au décès de mon entraineur (Richard Pons). Ensuite, j’ai eu l’opportunité de travailler à temps plein dans la société où j’étais déjà employé à mi-temps (en partenariat avec le Ministère des sports). Ça a été compliqué pour moi de choisir entre la vie active et ma carrière de sportif. Malheureusement, le squash est un sport où il n’y a pas beaucoup d’argent à un certain niveau. Sans aides et sans sponsors, c’est difficile de s’en sortir et arrive un moment où il faut prendre une décision. Depuis quelque temps, j’ai arrêté mon activité professionnelle pour revenir à ma passion, le squash me manquait vraiment. C’est difficile de tirer un trait sur un sport dans lequel tu as baigné toute ta vie. J’ai passé mes diplômes d’entraineur, et je me déplace dans les clubs qui font appel à moi pour organiser des stages d’apprentissage ou de perfectionnement, ainsi que des leçons individuelles et collectives. Avec la fermeture du Set à Aix, c’est compliqué de trouver un endroit fixe, donc je me déplace au gré des propositions.

JE. : Tout le monde sait que tu es un joueur hyper doué. Je me rappelle d’une phrase qui m’avait marqué : après votre demi-finale du championnat de France à Carcassonne en 2011, Mathieu Castagnet avait conclu son interview en disant « Fabien hallucinant de talent aujourd’hui.» Est-ce que tu as quelques regrets concernant ta carrière ? Tu te dis que tu aurais pu aller beaucoup plus haut en faisant certaines choses différemment, ou plutôt que chacun fait ses choix et mène son parcours à sa manière ?

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FV. : Je ne regrette rien des choix que j’ai faits tout au long de ma carrière. Même si avec du recul, je me rends compte de ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour atteindre le top niveau. J’ai beaucoup profité de la vie pendant ma jeunesse, et sur le circuit. Je suis devenu la personne que je suis grâce au squash, et je ne changerais pour rien au monde. J’ai appris beaucoup de choses, et j’ai fait beaucoup de rencontres qui m’ont fait grandir et vivre des moments extraordinaires. Le squash est un sport qui demande des sacrifices et de la rigueur, et je crois que je n’étais pas prêt à accepter ce genre de défis. Je me suis contenté de ce que j’avais, sans être prêt à souffrir davantage afin d’atteindre le graal. Quand tu as quelques facilités, tu peux être amené à penser que tu as moins besoin de travailler que les autres, mais la réalité est toute autre. Pour moi jouer sur le circuit pro c’était un amusement, alors que c’est un métier à part entière. Je pense aussi qu’il faut être bien encadré lors de la transition junior/senior, c’est une période compliquée pendant laquelle il faut être guidé. Après, sportivement, j’ai bien sûr quelques regrets, par exemple ne pas avoir gagné de tournoi PSA ou ne jamais avoir été sélectionné en équipe de France senior, mais je ne m’avoue pas vaincu ! Il n’est jamais trop tard (là je parle des tournois PSA…). Avec l’âge et l’expérience, tu comprends ce qu’il faut faire pour devenir un joueur professionnel. Alors oui, certainement qu’avec plus d’investissement et de sérieux, j’aurais pu aller plus haut. J’aurais pu vivre d’autres choses, mais je n’aurais pas vécu ce que j’ai vécu. Avec Mathieu (Castagnet), on a disputé de sacrées batailles dans le passé, moi j’étais le joueur doué et lui le combattant. Mais je lui tire mon chapeau, car je sais tout ce qu’il a dû endurer pour en arriver là où il est, et à quel point il a travaillé, Aujourd’hui, il récolte les fruits de son travail, respect et bravo à lui.

Article de Jérôme Elhaïk

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