Squashlibre

Commentaire le l’Assemblée Générale ordinaire de la F.F.Squash du 19 mars 2016

L’olympisme et le squash à l’international

Une fois de plus depuis vingt ans, le président Fontaine a infligé à un auditoire captif et discipliné un long pensum sur ce qui semble lui tenir lieu de quête du Graal: l’adoubement olympique pour le squash.

Le compte rendu de l’AG ordinaire regorge d’affirmations péremptoires sur « l’immense déception qui s’est abattue sur l’ensemble du squash mondial » avec « des joueurs quels soient leurs âges (dont on suppose que cela signifie « des joueurs quel que soit leur âge) particulièrement déçus ».

Il semble plutôt, lorsqu’on s’entretient avec des joueurs qui évoluent sur le circuit, que ceux-ci préfèreraient un circuit mieux doté et bien organisé tout au long de l’année plutôt qu’une compétition olympique tous les quatre ans.

Et il semble bien que ce soit dans la tête des apparatchiks de l’olympisme institutionnel que l’obsession olympique fasse prendre des vessies pour des lanternes

Mais ce qui semble évident, c’est que si l’obsession d’un président de fédération sportive est d’accéder au panthéon du CIO, ce rêve est totalement inaccessible au président d’une fédération non olympique, d’où le long cri de douleur du président de la FFSquash.

Dans l’argumentation outrée du président, on trouve une critique de la présentation du squash à Tokyo au prétexte que cette présentation était « bien loin de la notion d’événement », et que cette présentation classique ( comprendre « présenter un tournoi de squash comme un tournoi de squash » ) a contribué à ne pas choisir le squash comme « événement » et ceci au bénéfice du surf.

Cet argument est d’autant plus amusant que le président Fontaine et sa troupe n’ont pas réussi à créer depuis vingt ans en France un « événement » digne d’intérêt et pérenne dans le domaine du squash, incapacité à créer ou à contribuer à mettre sur pied un Open de France qui aurait été, incontestablement, un support réel à partir duquel communiquer année après année, et aurait sans doute aidé les médias français à focaliser leur attention sur un sport manifestement confidentiel.

Mais avec le président Fontaine, c’est toujours la faute des autres, et donc à cause de ces foutus anglo-saxons qui dirigent le squash mondial, le squash a encore loupé une marche dans l’ascension du Mont Olympe.

Bref « devenir olympique passe exclusivement par l’organisation internationale démocratiquement élue, tout comme d’ailleurs l’octroi des financements publics ».

Avec cette phrase on comprend alors beaucoup mieux les motivations profondes du graal du président: les financements, bref l’argent, et donc l’argent public, cela va de soi puisqu’en vingt ans de présence à la tête de la FFSquash, il a été incapable d’intéresser quelque entreprise privée que ce soit à pérenniser un accord de sponsoring digne de ce nom.

Du coup il reste à se tourner vers l’Etat et ses financements en prétendant, il faut oser, que l’olympisme est une organisation « démocratique » face à la PSA qui est une organisation « commerciale », et que le squash ne pourra « espérer une quelconque évolution constructive » tant que le CIO et la PSA ne seront pas en mesure de fonctionner ensemble ».

Si l’on résume ce long plaidoyer pour que le squash puisse intégrer l’olympisme, il s’agit d’aller chercher des subventions publiques à gogo puisqu’on est totalement incapable de présenter à des sponsors potentiels un projet intéressant et susceptible de les séduire.

Inutile évidemment de se demander comment se créent des tournois avec des financements privés autour du monde, tournois auxquels sont ravis de participer des joueurs français, et inutile également de s’appesantir sur l’interdiction d’organiser des tournois PSA en France au prétexte que le club souhaitant organiser un tournoi PSA ne vend pas assez d’assurances au profit de la FFSquash. Se poser de telles questions n’amènerait qu’à douter de l’omniscience du président Fontaine, et forcément il ne pourrait rien en ressortir de bon.

Il convient pourtant de rappeler que l’olympisme est très loin d’un fonctionnement démocratique, que la corruption y règne en maître, que chaque attribution des JO à un pays se fait à coups d’achats de votes et que les Jo ont atteint une telle dimension que de nombreuses nations souveraines seraient incapables de les organiser, à supposer qu’elles le veuillent, tant les exigences ubuesques du CIO et de ses gros messieurs en pardessus associées aux desiderata des chaînes de télévision américaines ont amené à la construction d’équipements ingérables et destinés à la démolition sitôt les lampions olympiques éteints. A ce sujet, les Brésiliens dont l’économie n’est pas très reluisante vont devoir financer des infrastructures délirantes dont le coût aurait été sans aucun doute mieux utilisé à bâtir des équipements structurants pour le peuple brésilien, un peu à l’image des Grecs il y a quelques années qui avaient dû subir des JO totalement au-dessus de leurs moyens.

En tant que Français, cependant, on n’est guère étonné d’un tel comportement encourageant la socialisation des pertes et la privatisation des bénéfices, tant il est répandu chez l’immense majorité des politiciens.

Toutefois, comment peut-on avoir le culot d’opposer démocratie et commerce ?

Comment peut-on ironiser sur la Psa en la comparant à une  » activité nationale et internationale type Holyday on Ice  » sans se déconsidérer en tant qu’élu ?

Il est vrai que la Psa est une organisation largement perfectible, ne serait-ce d’ailleurs que parce qu’il faut être bien naïf au sein de cette organisation pour traiter avec la FFSquash et lui permettre d’interdire des tournois Psa en France au nom du développement du squash professionnel !

Mais ce qu’il faut comprendre dans ce long plaidoyer pro-olympique, c’est qu’un apparatchik français de l’olympisme enrage de n’être pas écouté par les responsables actuels du squash professionnel, lui qui sait que grâce à l’olympisme on aurait du squash sur les chaînes TV généralistes alors que tout un chacun peut constater que les sports diffusés sur les chaînes généralistes n’y sont diffusées qu’en raison de leur popularité auprès du public et non en raison de leur appartenance éventuelle à l’olympisme.

Il convient à ce stade du commentaire de l’AG de mars de faire remarquer que le modèle rêvé du développement au sein de la FFSquash est un modèle entièrement étatisé hérité des années soixante pour ce qui concerne le haut-niveau, et entièrement dépendant des finances publiques territoriales pour les équipements.

Et absolument toutes les initiatives de la FFSquash, à commencer par le culte de l’olympisme, sont reliées à cette lecture de l’avenir du squash en France.

Autrement dit, malgré la très grave crise des finances publiques qui amène une redéfinition des missions régaliennes et par conséquent des baisses drastiques des subventions accordées dans le domaine des aides au sport, la direction de la FFSquash n’imagine pas un instant redéfinir son mode de fonctionnement qui idéalise le modèle municipal en tant que principal pourvoyeur supposé de licences, donc de revenus directs par le prix de la licence et indirects par les subventions induites.

Et dans la droite ligne de ce mode de fonctionnement, la FFSquash et ses fonctionnaires s’imaginent avoir le droit de voter un impôt sur le jeu, le fameux squash pass, les prélèvements obligatoires imposés aux sociétés exploitant des clubs de squash et revenant à la fédération sous forme de subventions et de dotations n’étant apparemment pas suffisants.

Dans cette optique, plutôt que de présenter les clubs privés qui, au prix de graves difficultés, font exister le squash en France, comme une particularité enviable face à des sports entièrement dépendants des financements publics donc menacés, les représentants de la FFSquash parviennent à présenter cette particularité comme un handicap. On aurait pu imaginer qu’ils auraient plaidé auprès des pouvoirs publics, comme l’a fait le vélo, que l’absence du coût des infrastructures du squash pour les finances publiques puisque pris en charge par le privé autoriserait une aide supplémentaire sous diverses formes, mais non, le mimétisme le plus banal avec les autres fédérations sportives en France semble interdire ce type de comportement novateur.

On devra donc encore lire des bêtises proférées par un cadre fédéral se plaignant du manque de terrains de squash en France alors qu’il oublie de préciser que ces nombreux courts existent mais que pour les deux-tiers d’entre eux, il est interdit par la FFSquash d’y pratiquer la compétition…

Il semble évident à la lecture du compte rendu de cette AG ordinaire du 19 mars que monsieur Fontaine, étalant complaisamment ses journées de bénévolat, prépare sa réélection à l’automne prochain. Et il semble tout aussi évident qu’à moins de changer radicalement de politique vis-à-vis des clubs, qu’ils soient d’ailleurs publics ou privés, le périmètre du squash de compétition continuera de se réduire, entraînant progressivement la disparition de la compétition qui ne peut vivre qu’à la condition de l’existence et du maintien d’un maillage suffisant.

Charles Thiéry

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