Squashlibre

Former de jeunes joueurs

Article paru le 2/03/2010

Avant que le forum ne souffre d’interventions anonymes, sévères, et pas toujours très pertinentes au sujet de la pratique du squash chez les jeunes, je voudrais apporter quelques éléments de réflexions sur un sujet que je connais depuis de très longues années puisque que le Squash Club de Brest est ouvert depuis plus de vingt-six ans et que je m’occupe de jeunes joueurs depuis environ vingt-quatre ans.

Le tout premier point qui me vient à l’esprit c’est que je ne pense pas que la pratique du squash relève des missions régaliennes d’un Etat qui se retrouve devant sa dette pharaonique comme une poule devant un couteau et qui va bientôt chercher par tous les moyens à revenir sur ses promesses de financement tous azimuts , en particulier en ce qui concerne les pratiques sportives.

Or, à lire le forum, il est manifeste que certains intervenants vivent comme une injustice sociale flagrante le fait que leurs enfants ne bénéficient pas des mêmes moyens financiers supposés que d’autres qui, au sein des Pôles, seraient outrageusement aidés. Et bien sûr lesdits moyens proviennent exclusivement de la puissance publique. Or en raison de la fragilité des finances publiques actuelles les aides à la performance doivent être ciblées et ça n’est pas pour autant qu’elles sont injustement réparties.

J’ai écrit de nombreux articles sur les mécanismes du sport en France mais il ne semble pas inutile de rappeler quelques vérités. Depuis cinquante ans l’administration du sport par l’Etat est basée presque exclusivement sur l’obtention de médailles lors des grandes compétitions internationales fortement médiatisées et plus particulièrement la tout première d’entre elles: les Jeux Olympiques. Partant de ce constat la périodicité des élections et des plans d’aides aussi bien en moyens humains que financiers est basée sur l’Olympiade qui est en quelque sorte l’unité de temps du Secrétariat aux Sports. Les déclarations de la Secrétaire d’Etat aux Sports évoquant le raté de la Fédération des Sports de Glace qui n’a pas ramené de médaille de Vancouver sont tout-à-fait claires: ladite fédération a failli à sa mission. Sa mission étant de ramener des médailles et non pas d’élever la fréquentation des patinoires. Cette fédération a d’ailleurs connu une certaine valse des DTN dont le grand visionnaire Bonnefoy puis monsieur Hocdé qui nous a quitté il y a un peu plus d’un an.

Le parallèle est donc évident avec le squash: les actions de la FFSquash sont destinées principalement (mais pas exclusivement) à pourvoir la France en médailles. L’argent public est donc utilisé en ce sens et, à bien y regarder, si l’on tient compte du fait que le budget de la FFSquash est relativement modeste, cet argent a connu un assez bon rendement en terme de résultats du haut-niveau, que ce soit chez les adultes ou les jeunes.

Les reproches quant aux aides supposées injustement réparties doivent être examinées sous deux aspects: le fantasme et la réalité.

Commençons par le fantasme. Le prix des packages des tournois internationaux est parfois élevé mais pour ma part je suis surpris de la qualité obtenue pour une telle somme, en particulier à Lille cette année ou encore au Pioneer. On peut parfois émettre des réserves sur d’autres tournois comme le Dutch Open en terme de rapport qualité-prix mais il existe des solutions alternatives comme le camping pour s’en sortir à moindre coût. Pour prendre un exemple concret il y a quelques années j’avais emmené un groupe de sept joueurs au Pioneer à Cologne puis au Dutch à Amsterdam en passant deux jours à Maastricht entre les deux tournois et j’avais demandé aux parents une somme d’environ 350 euros qui comprenait l’hébergement, le voyage, et les petits-déjeuners et déjeuners. Bien sûr je ne comptais pas l’amortissement du véhicule et de sa remorque ni mon temps puisque j’étais bénévole, et bien évidemment je ne logeais pas à l’hôtel mais sous une simple tente. Ce type d’hébergement n’est pas approprié l’hiver mais la fréquentation des tournois internationaux n’est pas non plus indispensable toute l’année pour l’immense majorité des jeunes joueurs. Pour les jeunes Français qui veulent s’impliquer sur le circuit européen, la participation aux Opens de Belgique, de France, des Pays-Bas ainsi que le Pioneer, semble amplement suffisante et un tel programme est à la portée d’une famille aux revenus moyens sauf à vouloir enchaîner sur les sports d’hiver et les vacances aux Seychelles. On peut même y ajouter le Flemish Open, un tournoi plus modeste mais particulièrement accessible aux joueurs du nord .

Or, dans le même temps des jeunes joueurs étaient particulièrement aidés puisqu’il ne leur était réclamé qu’une participation de soixante euros pour la participation au Pioneer, voyage inclus! La réponse à ce type de tarif est à chercher dans les aides plus importantes en Région Parisienne où l’impact supposé du sport en terme de modérateur social est sans doute plus marqué qu’ailleurs.

Mais seul un petit groupe bénéficiait de ces aides, tous les autres participants se trouvant à égalité devant le coût du tournoi. Le fantasme légèrement teinté de paranoïa c’est d’imaginer que seul notre enfant n’est pas aidé alors que les aides reposent sur des critères assez clairs qui demandent en général au jeune de faire ses preuves avant de pouvoir bénéficier d’une aide publique. Quoi d’illogique là-dedans? Au demeurant les jeunes que j’avais emmenés avaient vécu presque deux semaines de squash de haut-niveau pour une somme relativement modeste et ceci sans aides publiques. L’assiette du voisin a beau être mieux garnie que la nôtre ça n’est pas une raison pour ne pas manger à notre faim.

Toute activité de loisir a un coût et j’ai toujours eu du bonheur à accompagner mes enfants (et ceux des autres) au fil de leur adolescence en pratiquant un sport qui est très loin d’être le plus onéreux. La seule difficulté que je rencontre en vieillissant c’est de devoir m’adapter à des jeunes de plus en plus éloignés de moi culturellement. Mais une fois passé ce court fossé le bonheur reste intact, même si amener avec soi le dernier du tableau est forcément plus difficile pour l’ego de l’entraîneur qu’amener le premier de la génération d’avant.

Et durant plus de quinze ans je n’ai jamais eu d’aide pour emmener les jeunes du club en déplacement. Les choses ont changé depuis une dizaine d’années avec une aide raisonnable de la Ville de Brest, aide en partie versée en raison des bons résultats du club. Quant au meilleur des jeunes de Brest il bénéficie d’aides régionales du fait de son inscription sur liste de haut-niveau ainsi que d’aides fédérales non négligeables pour certains tournois internationaux. Mais il faut savoir que les sommes versées par les collectivités locales aux sportifs de haut-niveau sont très disparates d’une région à une autre.

Quant aux jeunes joueurs inscrits dans les pôles ils relèvent en quelque sorte d’une autre logique. Aux yeux d’un DTN par exemple il est incontestable que des jeunes athlètes faisant le choix de s’investir dans leur sport au point d’accepter de quitter leur foyer pour rejoindre un centre fédéral, sont forcément plus motivés donc prioritaires. Et en contre-partie de cet engagement il peut en résulter une plus forte implication financière de la part de la Fédération. C’est un point de vue qui a le mérite d’une certaine logique puisque de très bons résultats chez les jeunes sont obtenus selon ce schéma.

Dès lors parler d’injustice dans la répartition des aides me semble tout-à-fait exagéré si l’on accepte le schéma fédéral.

A titre personnel je n’adhère pas entièrement au mode de pensée fédéral mais il faut en conséquence assumer les aléas engendrés par cette différence. Je pense pour ma part que la formation des jeunes joueurs est grandement l’affaire du hasard pour ce qui est de leur découverte du jeu, de la chance pour ce qui est de la rencontre avec un éducateur compétent, et de l’implication des parents ou de bénévoles passionnés pour ce qui est de son cheminement vers un « très bon niveau ». Et jusqu’à ce « très bon niveau » c’est pratiquement toujours le milieu familial qui sera sollicité avec très peu d’aides publiques. Pour ce qui est du « haut-niveau » l’accompagnement nécessitera l’action fédérale dont c’est la vocation. Mais avant d’en arriver là la meilleure des choses à faire est de se prendre par la main. Il n’est pas inutile de savoir qu’en Angleterre par exemple les jeunes ne sont pas aidés et qu’ils ne le seront que lorsque qu’ils auront fait la preuve de leur engagement et de leurs qualités. On peut rétorquer que ce système est injuste socialement mais il est vraisemblable que les origines sociales des joueurs anglais ne sont pas tellement différentes de celles que l’on rencontre en France.

Avant de clore ce témoignage d’éducateur et de parent je voudrais aborder brièvement la question du classement chez les jeunes.

Ce classement n’est à mes yeux qu’une phase transitoire dans l’histoire d’un joueur, le but étant qu’il devienne un bon joueur adulte. J’ai toujours pensé qu’une école de squash qui réussit à former de bons joueurs deuxième série adultes est une excellente école de squash, et peu m’importe les labels dont on veut bien l’affubler. A l’âge adulte le joueur sera libre de ses mouvements et courra les tournois comme bon lui semble. C’est très différent lorsqu’il est jeune et que son rayon d’action est limité. Dès lors réussir à mettre en place un classement pertinent chez des jeunes qui ne se rencontrent jamais me paraît relever de l’utopie, sauf pour les tout meilleurs qui seront amenés à se jouer plus régulièrement. Quant à un classement toutes catégories confondues je trouve ça tout simplement burlesque.

C’est la raison pour laquelle je n’éprouve pas la moindre colère vis-à-vis d’un classement dont je sais, connaissant certains parents, qu’il sera toujours faux, ou injuste, alors qu’il n’est à mes yeux qu’un élément de motivation pour les enfants qui ne seront pas déçus dès lors qu’on leur apprend à le relativiser. La lecture obsessionnelle du classement chez les jeunes est au mieux une perte de temps et, au pire, un très mauvais service à leur rendre en tant que parent ou éducateur.

 

Yves Moineau

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