Squashlibre

Un peu d’histoire

Article parue le 5/10/2009

Pourquoi, à un certain moment de l’histoire d’un sport, une nation semble-t-elle dominer toutes les autres?

Pourquoi l’Egypte aujourd’hui, pourquoi le Pakistan hier?

Quelles peuvent être les raisons qui ont amené ces deux pays à considérer le squash comme un sport «important» alors que dans bon nombre de pays où le squash est pratiqué régulièrement il est plutôt considéré comme un sport «de loisir»?

Quelques repères historiques sont certainement nécessaires pour une meilleure compréhension.

Les Britanniques s’imposent militairement en Egypte en 1882 , l’Egypte devient un protectorat anglais de 1914 à 1922 puis, malgré son indépendance officielle, les Britanniques vont y rester d’une façon ou d’une autre jusqu’à la nationalisation du Canal de Suez en 1956 et l’intervention foireuse conjointe de la France et de la Grande Bretagne qui marquera leur départ définitif.

Pour ce qui est du Pakistan, c’est la partition de l’Empire des Indes en deux entités distinctes (à la demande des musulmans alors que Gandhi y était opposé) qui est à l’origine de la création du Pakistan, Etat musulman, et de l’Inde Etat multi-confessionnel.

Les Britanniques sont donc restés environ quatre-vingt ans en Egypte et cent cinquante ans en Inde.

Le squash quant à lui, est un sport anglais codifié aux alentours de 1865 et bien sûr réservé à une élite qui le pratique dans des clubs, ou au sein de l’armée.

C’est par le biais de l’armée que le squash va pénétrer l’Inde et l’Egypte. Il semblerait également que les conditions climatiques rencontrées dans ce qui deviendra le Pakistan en altitude où la température était moins élevée et l’hygrométrie plus faible, était plus propices à la pratique d’une activité physique exigeante que le climat des plaines comme en Inde. Mais ça n’est qu’une hypothèse.

Ce qui est sûr en revanche c’est que le squash était assez répandu dans l’armée, et qu’au départ des Britanniques cette tradition a perduré au sein des armées égyptiennes et pakistanaises, et plus particulièrement au Pakistan au sein de l’armée de l’Air.

En 1950 des officiers de l’armée de l’air du Pakistan se cotisent pour envoyer leur moniteur de squash Hashim Khan (un pachtoune) qui leur semble un excellent joueur susceptible de bien faire en Angleterre. Il gagnera le British Open en battant en finale l’Egyptien Mahmoud Karim invaincu depuis 1946. Avec Hashim Khan c’est la saga des joueurs pakistanais qui commence et durera jusqu’au retrait de Jansher Khan qui avait succédé à Jahangir Khan.

Quant à l’Egypte elle ne cessera elle de produire également de grands joueurs pendant cette période jusqu’à un relatif déclin au début des années 80. Pour mémoire le plus long match de squash de l’histoire a longtemps été le match opposant Jahangir Khan à l’Egyptien Gamal Awad en 1983 qui avait duré 2h et 46 minutes à Chichester.

Mais ce qui est caractéristique de ces deux pays, c’est que le squash ne pouvait en aucun cas y être considéré comme populaire. Il ne reposait sur aucune pratique de masse et les résultats brillants des joueurs pakistanais et égyptiens étaient le résultat d’une excellence de la pratique d’un faible nombre de joueurs. Par contre une promotion sociale réelle existait au travers du métier d’enseignant, les enseignants étant par ailleurs considérés comme les joueurs professionnels par opposition aux joueurs non-professionnels qui jouaient des tournois explicitement amateurs.

La principale différence entre les deux pays va se faire au milieu des années 80 avec l’Egypte qui reçoit le Championnat du Monde ISRF (ancêtre de la WSF) en 1985 et qui pour ce faire construit un centre de neuf courts dont un central à trois murs vitrés, la construction. de ce centre provoquera une forte émulation au Caire et entraînera l’agrandissement de plusieurs clubs. Il est indéniable que cet événement est à la base d’une forme de renouveau du squash égyptien, en partie parce que tout-à-coup l’offre de courts permet à de jeunes joueurs et joueuses de pratiquer plus régulièrement. Mais bien évidemment on est loin d’une « pratique de masse », ne serait-ce qu’en gardant à l’esprit le nombre de 17,5 millions d’habitants au Caire!…Le squash égyptien est pratiqué par une bourgeoisie aisée et n’est aucunement un sport populaire. Par contre c’est un sport connu des élites et Ahmed Barrada le grand joueur égyptien de la fin des années 90(actuellement reconverti dans la chanson de charme) « jouait» régulièrement avec le Président Moubarak.

Dans le même temps le Pakistan, un pays en proie à d’énormes problèmes économiques et politiques, et où , comme on l’a vu, le squash est pratiqué par une minorité, ne met en place aucun programme particulier. La renommée de ses grands champions Jahangir Khan et Jansher Khan a tenu lieu de lauriers sur lesquels les responsables du squash pakistanais se sont endormis. Et actuellement en tant que nation de squash le Pakistan a fortement régressé.

Il ne faut pas non plus oublier qu’à partir des années soixante dix le squash pénètre les pays occidentaux, et surtout qu’en Grande-Bretagne il sort de sa confidentialité pour toucher un très grand nombre de jeunes joueurs, et qu’il devient plus difficile à un pays au faible réservoir de joueurs de conserver son hégémonie.

Rappelons aussi quelques éléments statistiques: l’Egypte compte environ 4500 courts sur son sol pour une population de 80 millions d’habitants, alors que le Pakistan n’en compte que 458 pour 181 millions. Pour mémoire la France en compte un peu plus de 1500 pour 65 millions d’habitants.

Actuellement il est incontestable que le squash égyptien a su s’adapter à un environnement différent alors que son homologue pakistanais est resté à la traîne, mais il serait bien présomptueux de parler de « système ». Certes c’est la fédération égyptienne qui a donné l’impulsion du renouveau il y a vingt-cinq ans mais il semble qu’actuellement c’est l’émulation entre les clubs abritant différentes « académies », qui tient lieu de politique nationale. Mais ces académies ont un coût , et si l’on s’attarde sur l’aspect technique du jeu des jeunes Egyptiens, il est manifeste que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Toutefois si l’on s’attarde sur le jeu junior on peut remarquer une assez forte précocité dans le sens tactique, qui est sans doute le fruit d’une fréquence de jeu élevée, ainsi qu’un très bon toucher de balle à l’avant dû au jeu sur des courts chauds, qui n’ont pas forcément grand-chose à voir avec un coaching forcené. En contre-partie certains jeunes, malgré leur talent, ont des techniques suffisantes pour briller en junior mais auront vraisemblablement du mal à confirmer en senior. C’est sans doute ce qu’évoquait l’Entraîneur National français André Delhoste à l’Equipe lorsqu’il parlait de l’empirisme de l’entraînement égyptien face à la démarche scientifique du squash français. Au vu du classement mondial actuel on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité de chacune des méthodes.

En conclusion, on peut suggérer qu’il n’existe pas une mais des écoles égyptiennes, et que, quelles que soient ces écoles elles s’adressent principalement à une frange aisée de la population. Ce qui explique par ailleurs la capacité à trouver des sponsors, selon le même principe que le golf qui n’a jamais recruté dans les favellas et qui parvient régulièrement à financer de gros tournois.

Quant au squash pakistanais, sauf adaptation radicale à un environnement sportif mondial très différent de celui des années 80, il semble voué au déclin. Son renouveau viendra peut-être de la rivalité indo-pakistanaise à l’heure où le squash indien connaît un développement surprenant.

Yves Moineau

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