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Où va l’arbitrage ?

Tout semblait avoir été dit sur l’arbitrage en France mais depuis quelques mois et quelques manifestations, en particulier les qualifications au championnat de France 1ère série à Vitrolles, et au risque de déplaire, il n’est peut-être pas inutile d’ouvrir un débat sur un sujet qui intéresse tous les joueurs de France sans exception.

Tout d’abord un constat: depuis dix ans le système n’a produit aucun arbitre faisant autorité par ses connaissances , son expérience au-delà des frontières, un arbitre qui officie régulièrement sur des gros tournois en France ou à l’étranger, un arbitre respecté par le corps arbitral européen et anglais, et ceci alors que les moyens n’ont pas manqué à un éventuel volontaire. Le seul arbitre correspondant à cette définition est actuellement Nicolas Barbeau qui ne doit évidemment rien au système.

Deuxièmement, alors que le système précédent avait fait la preuve de son inefficacité, il a été reconduit sans la moindre réflexion de fond, ce qui ne peut que produire les mêmes effets.

Troisièmement, à aucun moment on ne cherche à affirmer la spécificité de la nature de l’arbitrage en squash et on ne fait que suivre sans aucune imagination les directives ministérielles qui demandent à toutes les fédérations sportives de produire du cadre et du jeune officiel, ceci bien évidemment dans une démarche « citoyenne ».

En ce qui concerne le premier point il faut reconnaître que les candidats au profil requis ne courent pas les rues. Il faut qu’ils puissent se libérer régulièrement de leurs obligations professionnelles, qu’ils parlent un anglais suffisant pour qu’ils puissent expliciter leurs décisions (c’est la règle) et communiquer pendant plusieurs jours avec leurs collègues arbitres étrangers, et qu’ils soient capables d’assumer financièrement le coût de certains tournois car il est rare que l’intégralité des frais des arbitres soient pris en charge par les organisateurs. Tout ceci bien sûr en plus de la capacité à maîtriser le stress et de la compétence purement arbitrale. Sans ces compétences multiples un arbitre ne peut pas prétendre être référent de quoi que ce soit car l’expérience indispensable à un tel titre ne s’acquiert pas par un arbitrage épisodique franco-français mais par la confrontation au haut-niveau européen ou mondial. C’est peut-être dommage mais c’est comme ça et si celui ou celle qui se trouve à la tête de l’arbitrage en France ne correspond pas à cette définition, c’est toute la chaîne de l’arbitrage qui s’en trouve affaiblie.

Pour avoir été fugitivement président de la commission d’arbitrage je pense que le système actuel de production d’arbitres est une pure perte de temps et une source constante de problèmes. Les stages étant payants, tous les candidats suivant un stage d’arbitrage vont être automatiquement reçus, ne serait-ce que pour mettre leur association en conformité avec le règlement sportif, mais il va sans dire qu’ils ne sont pas arbitres pour autant. Mais contester ce point de vue c’est forcément un crime lèse commission d’arbitrage et si par malheur, excédé par l’incompétence d’un farceur qui raconte absolument n’importe quoi derrière le mur vitré, vous finissez par lui dire qu’il est totalement nul et qu’il ferait mieux de passer au jardinage, c’est vous qui finissez devant la commission de discipline où un pantin psycho-rigide vous empêchera de jouer pendant quelques mois. Combien de fois faudra-t-il répéter que pondre des listes interminables d’arbitres qui n’arbitrent pratiquement jamais ne sert absolument à rien ? Pour l’anecdote, au 30/01/2000 je me trouvais à la tête d’un groupe de 238 arbitres tous niveaux confondus! Certains d’entre-eux étaient peut-être morts et enterrés et par manque de moyens il n’était pas possible d’assurer le suivi sérieux d’une telle liste. Et d’ailleurs pourquoi le faudrait-il? De par sa nature une compétition de squash génère un très grand nombre de matchs et ce sont les joueurs qui assument l’arbitrage alternativement, ce qui est à mon sens une tradition qu’il convient d’entretenir. Dissocier les joueurs des arbitres n’est pas forcément un progrès, sauf à haut-niveau où le caractère exceptionnel de la compétition peut amener à raisonner différemment. Et puisque ce sont les joueurs qui vont être amenés à arbitrer, ce sont évidemment les joueurs qu’il faut former lors de stages qui ne sont pas des stages d’arbitrage mais des stages d’apprentissage des règles du jeu. Il sera toujours temps plus tard d’encourager des volontaires à l’arbitrage en leur rappelant toutefois ce que j’explique plus haut sur les exigences de l’arbitrage réel.

Enfin dernier point: embarquer des jeunes dans la galère de l’arbitrage plutôt que les laisser s’améliorer en tant que joueurs (et donc en tant qu’arbitres plus tard) n’est pas un service à leur rendre, ni d’ailleurs à rendre à ceux qu’ils arbitrent sans l’expérience et la compétence requises. Laissons l’instruction civique à l’école et aux parents et ce n’est pas parce que l’appellation Jeunesse et Sports vient de se transformer en Sport et Cohésion sociale que le squash a changé de nature. Un bon chef de classe ne fait pas forcément un bon arbitre.

S’en prendre à un arbitre, même très mauvais, n’est jamais une bonne solution puisque si l’on vise le haut-niveau il convient de maîtriser ses démons, mais si un arbitre souhaite être respecté il doit comprendre que c’est par sa compétence qu’il obtiendra le respect des joueurs et non par ses pleurs auprès de la commission de discipline.

 

Yves Moineau

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