Squashlibre

Le blocage

Au squash le partage du même espace de jeu par les deux joueurs nécessite l’établissement d’exigences que doivent respecter chacun des joueurs.

Ces exigences sont au nombre de quatre:

1 Laisser le libre accès à la balle que l’on vient de jouer

2 Laisser une bonne visibilité de manière à viser la balle

3 Laisser assez d’espace autour de la balle pour qu’elle puisse être jouée sans risque de blessure

4 Laisser libre toute la largeur du mur frontal

Comme on peut le constater, celui qui vient de frapper la balle a principalement des devoirs et n’a plus aucun droit spécifique. Il retrouvera ses droits lorsqu’il redeviendra frappeur.

Si de nombreux joueurs ont assez bien intégré les exigences 3 et 4, avec pour cette dernière la notion de « triangle interdit » largement diffusée, il n’en est pas du tout de même de l’exigence 1: le libre accès à la balle.

La balle qui vient d’être jouée doit être accessible directement pour le frappeur.

Au début des années 90 de nombreux joueurs de haut niveau abusaient de cette règle et prenaient prétexte de la moindre interférence vers la balle pour arrêter l’échange. Il avait alors été décidé que le frappeur devait faire tous les efforts possibles pour aller jouer, de telle façon que les échanges ne soient plus constamment interrompus à la moindre interférence.

Mais dans le même temps on rappelait à celui qui venait de frapper la balle qu’il devait faire tous les efforts pour en dégager l’accès sous peine d’être sanctionné.

Concrètement, pour l’arbitre, la situation n’avait guère évolué si ce n’est la possibilité de dénier le droit aux joueurs d’arrêter l’échange pour un oui ou pour un non en introduisant la notion de « slight interference » ou interférence minime.

Empêcher ou gêner l’accès à la balle est la plaie du squash moderne et la principale méthode de tricherie, que ce soit chez les jeunes (souvent involontairement par ignorance des règles) ou les seniors ( souvent volontairement).

Chez les jeunes joueurs en effet la méconnaissance des règles, due à des enseignants négligents ou ignorants, est à l’origine de situations de blocage qui, bien que souvent involontaires, pénalisent gravement celui qui respecte les règles.

Chez les seniors en revanche il n’est pas rare que des joueurs soient connus pour être des bloqueurs systématiques, mais, plus fréquemment, c’est le laxisme ou l’inexpérience de l’arbitre qui autorise le blocage à des joueurs opportunistes.

Car la règle ne se contente pas d’une simple neutralité vaguement paresseuse mais exige une action positive de dégagement. Et si le dégagement est systématiquement insuffisant, que ce soit volontaire ou non, la sanction doit être également systématique.

Que ce soit lors d’un déplacement vers l’avant ou vers l’arrière le but du bloqueur est toujours le même: provoquer le retard du frappeur en allongeant son déplacement, l’obliger à emprunter un couloir étroit qui lui interdit de jouer correctement la balle, et gagner du temps sur le replacement.

Les variantes de la tricherie sont multiples et bien sûr le fin du fin est de jouer un coup d’attaque magistral suivi d’un blocage subtil, rendant la balle injouable. Car il en est du blocage comme du dopage, on ne transforme pas un âne en un cheval de course mais on peut transformer un bon cheval en un très bon cheval. Un grand joueur égyptien actuellement reconverti dans la chanson ainsi qu’un grand joueur canadien étaient des spécialistes du genre mais aucune nationalité n’a le monopole de la triche et dans ce domaine tout est affaire d’éducation.

Incontestablement le blocage est le système de triche le plus efficace, d’autant plus que les arbitres laissent souvent faire, préférant même pénaliser le joueur qui décide de faire le ménage lui-même.

Car le comble est que bien souvent le bloqueur se pose en victime lorsqu’il se prend le frappeur de plein fouet alors même que celui-ci ne fait que tenter d’atteindre la balle. On reprochera dans ce cas au frappeur d’abuser du contact physique alors que la seule façon d’empêcher ce contact aurait été de sanctionner le bloqueur en amont.

Quant aux coachs ils préfèrent utiliser des circonvolutions du type  « il faut savoir se faire respecter » ou « il faut prendre sa place » plutôt que d’analyser simplement le déplacement des deux joueurs et d’en conclure que l’un des deux ne se déplace qu’à minima.

On peut avoir droit également à une phrase intelligente du genre « il ne lui donne pas le temps de dégager sa balle ». Si un joueur ne dégage pas sa balle suffisamment vite c’est qu’il a joué le mauvais coup, tout simplement, et il doit être sanctionné comme s’il avait bloqué volontairement.

Mais qu’elle que soit la raison du blocage, empêcher le frappeur d’accéder directement à la balle est interdit par les règles et doit être systématiquement sanctionné.

Le squash n’est pas un sport de contact mais il a évolué vers plus de rugosité que par le passé, en partie sous la pression des joueurs australiens qui précisément n’arrêtent pas le jeu sous le moindre prétexte.

Toutefois, et c’est une des raisons de l’intérêt de ce sport, et pas la moindre, il n’est pas un sport de gabarit.

A ne pas avoir le courage d’appliquer clairement la règle qui interdit de bloquer on risque justement de privilégier la force physique au détriment du jeu.

C’est attristant et totalement dommageable au développement du squash.

 

Yves Moineau

Like this Article? Share it!

About The Author

Leave A Response