Squashlibre

De retour du Championnat du Monde

Article paru le 24/06/2013

Je crois que tous les joueurs de squash français ont été enthousiasmés par la qualité de l’organisation proposée par l’équipe des bénévoles alsaciens et de la retransmission télévisée. Il ne fait aucun doute que Thierry Jung a su mener à bien une entreprise complexe en entraînant avec lui des passionnés qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour livrer un produit fini d’une grande qualité, la formule des trois courts vitrés au sein du Palais des Sports proposant une esthétique originale encore jamais vue.

A ce sujet cependant on peut se demander à quoi sert un court vitré lorsque tous les spectateurs se situent derrière le mur arrière, remarque qui vaut également pour le dernier British Open à Hull. Il y a un peu plus de trente ans, l’innovation technique que représentait un court vitré s’était accompagnée d’une utilisation de tout l’espace disponible autour, et même si les spectateurs préféraient ordinairement se situer à l’arrière du court du fait d’une lecture plus habituelle du jeu, toute l’enceinte qui abritait le court était utilisée. Depuis quelque temps, cette utilisation de l’espace a disparu au profit d’un seul gradin à l’arrière du court et on va finir par se demander l’utilité de la transparence des murs latéraux et du frontal. Lorsqu’on connaît le coût d’un court vitré (environ 150 000 euros) cette interrogation est légitime.

Mais il est vrai que l’organisation de ce championnat du monde servait de support à la candidature du squash olympique et qu’il fallait convaincre les éventuels décideurs. On peut penser que c’est chose faite, il ne reste plus qu’à rembourser les courts. Sous un aspect purement comptable il faut admettre que la FFSquash s’est beaucoup engagée dans la campagne olympique, au détriment sans doute de sa santé financière, et on peut légitimement s’interroger sur la logique qu’il y a à endetter une fédération nationale pour promouvoir une organisation internationale. Il aurait semblé plus logique que ce soit la WSF qui s’implique financièrement dans cette histoire. Mais cette capacité à mouiller les autres pour son son propre bénéfice est typique des organisations internationales, avec cependant quelques couacs inattendus, comme les manifestations de protestation au Brésil à propos de la coupe du monde de football, les finances publiques brésiliennes devant être à nouveau sollicitées pour la plus grande gloire de l’olympisme.

Quoi qu’il en soit, l’implication financière de la FFSquash sera jugée à l’aune des résultats de la campagne de promotion et dans le cas d’un échec de la candidature le jugement sera forcément nuancé, d’autant plus que si le bilan 2012 de la FFSquash reste introuvable c’est qu’il est vraisemblablement tendu et que l’achat de trois courts vitrés lui portera un gros coup dans les carreaux (si j’ose dire).

Pour ce qui est des résultats de l’équipe de France il est difficile de les imaginer meilleurs, même si, dans une formule à trois joueurs, la France avait encore cette année une carte à jouer avec deux joueurs dans les dix meilleurs mondiaux (en valeur). Mais c’est un très beau résultat à savourer au présent, le prochain championnat du monde dans deux ans risquant d’être plus problématique pour la France qui n’a pas réussi à ce jour le passage de relais qu’on aurait pu attendre de l’existence depuis quinze ans d’un pôle national pour le haut-niveau à Aix-en-Provence. Est-ce un problème de compétence de l’encadrement ? Ou bien une dispersion inutile des aides vers des jeunes joueurs dont 95% ne s’engagent pas vers le haut-niveau et s’arrêtent sur leurs lauriers en junior ? Ce refus de s’engager dans le squash à plein temps se comprend d’autant mieux que les jeunes désirant s’investir sur le circuit PSA sont livrés à eux-mêmes sur un circuit très fermé, où le nerf de la guerre est évidemment l’argent. Autant de questions auxquelles il faudra apporter des réponses si l’on ne veut pas dégringoler dans la hiérarchie mondiale. Mais le problème avec les questions qui dérangent, c’est justement qu’elles dérangent, et que si les joueurs parfaitement au courant des dysfonctionnements du système préfèrent tenir des propos laudateurs dans la presse pour ménager leurs arrières plutôt que de les révéler, on peut craindre que rien ne change.

On peut comprendre quelques prudences sémantiques mais prétendre que tout va bien dans le domaine du squash de haut-niveau en France en évoquant le pôle d’Aix n’est pas très crédible. D’autant moins crédible que le joueur qui en vante les mérites n’en a guère fait partie.

Sur le plan international, pas de gros changements dans la hiérarchie en deux ans, la montée en puissance d’une nation demandant la maturation de joueurs sur le long terme. La Malaisie confirme, l’Allemagne revient grâce à son n°1 et des joueurs de qualité, l’Irlande s’enfonce avec une équipe vieillissante (deux de ses joueurs jouaient déjà il y a vingt ans…), les nations du nord européen ne brillent plus. Il est probable que la crise a fait des ravages sur les budgets européens, et à ce sujet il serait peut-être temps de cesser de pleurer sur le budget du squash français alors qu’il est certainement le plus élevé de tous les pays européens derrière l’Angleterre. Quant aux deux premiers, l’Angleterre reste dans la logique d’une grande nation de squash avec un grand réservoir de joueurs, et l’Egypte malchanceuse cette année avec des blessures parvient, grâce à des académies privées, à produire des joueurs de grande qualité, qui n’ont manifestement pas été formatés dans l’idée du fameux « squash pourcentage ».

En ce qui concerne le comportement des joueurs sur le court, les connaisseurs ont remarqué une certaine détérioration, une évolution vers le « pas vu-pas pris » où l’on remet à l’arbitre le soin de faire le tri entre les balles doublées et les autres, où le block est la règle, et où tous les coups sont permis s’ils sont gagnants. Cette évolution ressemble à toutes les évolutions lorsqu’elles concernent le sport dit professionnel, surtout lorsque ce sport sert de support au chauvinisme, mais dans le cas présent elle est due en grande partie à un arbitrage souvent défaillant.

Ce sujet de l’arbitrage, récurent en squash, affaiblit considérablement la crédibilité des autorités qui en ont la charge, et représente un talon d’Achille dans la perspective de la candidature aux JO. En effet le corps arbitral actuel, très réduit, est composé quasi exclusivement d’arbitres anglo-saxons, voire uniquement britanniques, ce qui est assez rédhibitoire dans le cadre universel supposé de l’olympisme.

Le squash français grâce à Thierry Jung et son équipe, a réussi à démontrer qu’en fédérant les énergies autour d’un beau projet commun il est possible de réaliser de grandes choses. Il ne reste plus qu’à espérer que la FFSquash comprenne que sans les régions françaises le squash français n’est rien, et que détruire lentement mais sûrement les clubs partout en France ne mènera qu’à la disparition de la FFSquash, dont la mission, faut-il le rappeler, ne consiste pas à vendre des assurances, mais à développer le jeu dans toute la France. La disparition cette année de très nombreux clubs désirant travailler avec la FFSquash mais rejetés par elle, entraînant la raréfaction des tournois, donc l’intérêt de se licencier, laisse pourtant penser que la compétition, loin de se développer, est plutôt en régression.

Dans deux mois une nouvelle saison sportive recommencera, mais avec combien de clubs ?

En espérant qu’il m’entendra je vais de ce pas déposer un cierge au pied de la statue de Saint Jude, le saint patron des causes désespérées.

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