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Après « l’olympisme pour tous » c’est quoi le plan B ?

Article paru le 10/09/2013

Ce lundi 9 septembre 2013 les partisans de l’Olympisme pour tous sont en deuil. C’est vrai après tout, puisque tout le monde peut se marier avec n’importe qui, pourquoi refuse-t-on au squash d’épouser la cagnotte olympique ? C’est tellement injuste !

Peut-être pourrait-on tenter quelque chose du côté de l’Unesco et réclamer que le squash soit reconnu « patrimoine mondial de l’humanité » et à ce titre puisse intégrer de façon automatique, et bien sûr sans vote, toutes les disciplines olympiques. C’est vrai que les votes c’est ennuyeux, parce que ce ne sont pas forcément les administrations qui décident. Et puis après tout, les référendums sur l’Europe ayant été foulés au pied, on se demande pourquoi il faudrait s’en tenir aux votes olympiques, sans compter que tous les scandales récents sur ces fameux votes démontrent aisément que la corruption est monnaie courante chez tous ces délégués olympiques. La prochaine fois il faudra peut-être mieux cibler l’achat des votes.

En réalité, pour peu qu’on réfléchisse, on se souvient que les responsables olympiques ne veulent plus rajouter de sports à ceux déjà présents, et que l’on se trouve donc face à un jeu de chaises musicales, où pour que quelqu’un puisse s’asseoir il faut qu’un autre reste debout. Or proposer de sortir la lutte, sport le plus ancien de l’olympisme et le plus représenté à la surface du globe, sous diverses formes, ressemblait à une farce tant il était évident que le lobbying de ce sport l’emporterait aisément face à quelque sport que ce soit. Ajoutons, cerise sur le gâteau, que la lutte est LE sport des universités américaines ( lire John Irving), et qu’il n’a pas dû être très difficile de trouver des fonds parmi tous les banquiers américains passés par lesdites universités.

Donc, comme prévu, la lutte reste olympique, et les sommes importantes consacrées par les autres prétendants auraient été sans doute mieux employées à leur propre développement et fonctionnement.

A ce titre, l’argent consacré par le squash à payer un avocat anglais grassement rémunéré, et ceci en pure perte, aurait été mieux employé à structurer la fédération mondiale et la Psa qui en ont dramatiquement besoin.

Quant à la France, maintenant que le délire olympique vient encore de prendre un coup dans les carreaux, il n’est pas inintéressant de se demander s’il existe un plan B, puisque depuis plus de quinze ans, le seul projet qui passe inlassablement en boucle, nous explique qu’en dehors de l’olympisme il n’y a pas de salut.

Existe-t-il un plan B ?

Parce que s’il n’y en a pas c’est toute l’équipe en place qui devrait démissionner, puisqu’elle est incapable de présenter un projet alternatif, détaché du fantasme olympique, un projet qui tienne compte de la réalité du squash en France et non de l’arrivisme de ses élus, avec sans doute l’élection au Cio comme rêve ultime pour notre grand conducator.

Qu’on se rassure tout de suite, il n’y aura pas de démission, et bien au contraire cet échec évident du squash va nous être présenté comme une sorte de victoire, puisque l’échec n’a été consommé qu’à la dernière minute, sans doute l’argument employé par le lobbyiste anglais grassement rémunéré pour justifier cette pantalonnade, et puis après tout c’est la faute à pas de chance, et puis, et là c’est tout-à-fait exact, tout ce gâchis d’argent n’a finalement affecté que l’argent public, ouf !

Il faut sans doute s’attendre à une prochaine campagne qui engloutira encore des sommes qui seraient infiniment plus utiles à faire fonctionner le squash réel, mais là encore les experts nous expliqueront que « ce ne sont pas les mêmes lignes de crédit ».

En résumé: on l’a eu dans le cul, mais heureusement c’est ressorti, et notre mobilité étant restée quasi intacte il convient de se relancer dans une nouvelle campagne le plus tôt possible.

On pourrait faire remarquer que le titre olympique en tennis n’intéresse personne, pas plus qu’en football, ni en cyclisme, que le football américain, ou le football australien, drainent des foules considérables qui ne s’étonnent pas que ces sports ne soient pas olympiques, et s’en moquent. Mais remarquer ces évidences c’est aussi remarquer que ces sports sont des sports qui ont une vie réelle, structurée, et que c’est leur propre calendrier qui détermine leur activité et non le calendrier olympique.

L’olympisme moderne est devenu la succursale de l’Onu, une sorte de ministère des sports du mondialisme, obèse, ne vivant que de projets faramineux ne pouvant être réalisés qu’à coups de milliards d’euros, où le sport n’est plus qu’un prétexte à la limite gênant puisqu’aux résultats incertains. Les Brésiliens ont démontré récemment que les dépenses mirifiques pour la Coupe du monde de football ne font pas que des heureux dans un pays pourtant acquis à la cause du ballon rond, et que le fameux système « du pain et des jeux » est un système qui commence à être contesté. Et il y a fort à parier que les dépenses somptuaires qui vont encore être réalisées dans le cadre des JO provoqueront d’autres manifestations de mécontentement, sans doute méprisées, parce que, comme chacun sait, l’olympisme est une formidable source de richesse…

Or, l’olympisme ne vit que de budgets publics, et chaque édition se concluant sur un désastre financier, révélé ou non selon la transparence du pays hôte, on pourrait imaginer que des décideurs, se présentant comme des gestionnaires responsables à la tête des fédérations, refusent de cautionner un tel scandale dans l’utilisation de l’argent public. Mais c’est l’inverse qui se produit: en rusés profiteurs, tels les banquiers qui ont refilé les pertes dues à leur incompétence et leur cupidité aux Etats, les décideurs dans le monde du sport n’ont plus qu’une envie, se vautrer tant et plus dans les pertes refilées au public pour mieux se pavaner dans des hôtels luxueux qu’ils ne paient jamais.

A cet égard combien a coûté la plaisanterie du vote de Buenos Aires ? Ceux qui ont eu la curiosité de suivre le vote en direct n’ont pu qu’être frappés par la ressemblance de cette assemblée avec les réunions grotesques du soviet suprême de la défunte Urss !

Au niveau des dépenses il semble que jamais elles n’aient été aussi importantes dans l’histoire du sport olympique, et ce malgré tous les avertissements de certains acteurs de l’olympisme eux-mêmes, inquiets devant l’appétit du monstre, les travaux des JO d’hiver en Russie confirmant les monstruosités de Pékin détruisant ses vieux quartiers pour « séduire »  le monde.

Le vote du 8 septembre en Argentine a fermé les portes de la grande gabegie mondialisée au squash, plutôt que de se lamenter on peut y voir une excellente opportunité de construire un modèle original aussi bien à l’intérieur des nations que sur un plan international. Car lorsqu’on demande aux joueurs et joueuses pro ce qu’ils souhaitent véritablement pour eux-mêmes, ils répondent que c’est à un circuit mondial bien structuré qu’ils aspirent et non à une compétition tous les quatre ans. Bien sûr, comme ils sont bien gentils et obéissent à leurs dirigeants, ils témoignent de tout leur attachement à l’olympisme, mais dans l’intimité, ils aspirent à gagner leur vie dans les tournois, et ils savent que ce n’est pas l’olympisme qui y parviendra mais les promoteurs de tournois et une fédération mondiale digne de ce nom.

Structurer le squash mondial est LA priorité, bien plus qu’intégrer le mouvement olympique, et si l’énergie et les moyens consacrés à cette chimère avaient été dédiés à structurer et développer le squash, à l’intérieur de la France en particulier, nul doute que le squash ne s’en porterait que mieux.

 

Yves Moineau

 

 

 

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