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Ligue des Pays de la Loire et fermeture du pôle espoir au Mans : état des lieux

Quelques squasheurs ont bien voulu témoigner et apporter leur analyse sur une situation financière complexe de la Ligue de Squash des Pays de la Loire. Une situation qui a conduit à la fermeture du pôle espoir du Mans.

En juin dernier, on annonçait la fermeture du le pôle espoir du club des Cèdres, au Mans, la plus belle structure de la Ligue de Squash des Pays de la Loire. Là bas, on formait les champions de demain : Mathieu Castagnet (2e joueur français), Cyrielle Peltier (3e joueuse française), Chloé Mésic (5e française) Enzo Corigliano (2e catégorie Jeune)… Ne pouvaient rivaliser que Créteil, Aix en Provence ou encore Chatenay-Malabry. La moitié des jeunes en formation aux Cèdres ont donc dû se déployer dans l’un de ces centres. Les autres ont tout arrêté.

Raison d’un tel abandon : un manque de subventions, alors que le pôle coûte beaucoup d’argent à la Ligue.  » Malheureusement, nous n’avons plus les moyens financiers, explique le président de la ligue, Serge Viaud. Les subventions ont diminué. Et comme nous ne sommes pas un sport olympique… J’en suis extrêmement triste. Ce pôle espoir entrait vraiment dans ma conception du sport. »

Un gâchis pour bon nombre de squasheurs de la Ligue, qui n’arrivent pas à comprendre comment la situation en est arrivée là. Les discussions vont bon train, mais en l’absence de réunion, tout n’est que spéculation.  » On n’a pas eu de réunion depuis un an et demi au sein de la ligue, aucune assemblée générale, normalement obligatoire, pour faire l’état des comptes. C’est l’omerta. »

 » Lors de la dernière réunion, dans un des clubs d’Angers, avec tous les présidents de club et les membres de la Ligue, on n’avait déjà pas eu de présentation de comptes. Il n’y avait pas de documents à l’appui pour les informations qu’on a bien voulu nous donner. » « Lors de la dernière réunion, on nous a dit qu’on recevrait de l’argent pour diverses actions. On devait avoir un bilan financier, mais comme il y a eu un changement de comptable, on nous a dit qu’on nous l’enverrait pas mail. On l’attend toujours. »

Résultat : « On ne s’appuie que sur la bonne parole du président. » Un président par ailleurs apprécié des joueurs et présidents de club. Mais cette absence de réunions les handicape également pour caler les différents tournois de l’année. « En Poitou-Charentes par exemple, la ligue impose une réunion fin juin, pour caler le calendrier et dispatcher les tournois. » Cette année, les six clubs de la région sont obligés de programmer à l’aveugle, sans savoir si leurs tournois vont se télescoper.

A cette absence d’information s’ajoute, semble-t-il, une certaine inaction, faute de bras. « Je pense que la Ligue n’a pas assez de personnes. Il y a le président, et le conseiller technique qui travaillent principalement pour elle, sachant que le président est aussi vice-président de la Fédération. A eux deux, ils n’ont pas assez de temps. » « Les secrétaires ne tiennent pas, les trésoriers changent. » « Le président répond rarement à ses mails, et quand on demande à son conseiller, il nous dit de voir avec le président. »

Un joueur se souvient d’un projet, qui aurait pu redresser la barre, mais n’a jamais vu le jour. « Il avait promis la mise en place d’un comité directeur. Plusieurs personnes se sont proposées d’y participer. Mais, finalement, rien n’a été fait. »

Conséquence : « Les subventions ne sont pas faites à temps et en heure. Il y a des deadlines à respecter pour en bénéficier. Quand j’ai participé à une réunion, il y a trois ans, on parlait déjà de problèmes de subventions. » Le problème ne serait donc pas récent.

Ce problème d’organisation a été particulièrement destructeur au pôle espoir du Mans quand la structure a été renommée Pôle France Jeunes, « il y a quatre ou cinq ans. Cela fait mieux, mais ça ne changeait rien au fonctionnement. Je pense que c’était une décision de la Fédération, et nos dirigeants de la Ligue n’ont même pas pensé aux éventuelles conséquences. La Région, qui finançait le pôle espoir, s’est désengagée avec cette nouvelle appellation. On a affaire à des fonctionnaires qui respectent les réglementations. Sauf que la ligue a mis deux ans à s’en rendre compte. Ce qui correspond à deux ans de salaire de Benoît Letourneau, l’entraineur, sans subventions. Le pôle est donc redevenu pôle espoir, mais ce qui était perdu est perdu. Les administrations ne reviennent pas sur leurs budgets. Ils ont donc dû remonter un dossier et il a fallu repartir de zéro. Et maintenant, les régions sont plus regardantes. »

Le club des Cèdres aurait pu remonter la pente si un autre projet n’avait pas bu la tasse. « Il y a eu une convention entre la Ligue, le club, son association et la Fédération pour la mise à disposition d’un des trois courts vitrés de la Fédération. Tout était prêt. Mais la Fédération ne l’a jamais fait, car il n’y avait pas de certitude sur la continuité du pôle. Alors qu’on aurait pu avoir une belle promotion du pôle avec ce court vitré. Cela aurait pu générer des bénéfices, et payer le salaire de Benoît. La Fédération ne suit pas non plus. C’est le bazar dans l’ensemble de la chaîne. »

Dans tous les cas, la Fédération ne comptait pas parer au manque à gagner. « Ils ont dit qu’ils réduiraient leur engagement financier, subordonné à un plan de relance. Il fallait que le pôle soit autonome financièrement, que Benoît fasse des stages pour récupérer de l’argent. Tout ça n’a pas été fait, notamment à cause d’une mésentente entre Benoît, le club et la Ligue. »

Un mésentente qui n’a pas arrangé la situation. La ligue et son entraîneur se retrouvent même devant les Prudhommes. Après aussi incroyable que cela puisse être après 25 ans passé au club du Mans, Benoît Letourneau n’a plus le droit d’y mettre les pieds depuis avril dernier. « Peut-être que le pôle ré-ouvrira finalement. Benoît a eu un licenciement économique, mais il y avait une priorité de réembauche pour lui pendant six mois. Donc le club ne pouvait pas rouvrir le pôle à la rentrée sans le ré-embaucher. Peut-être qu’il y a une tractation en douce. Pendant un an, on assainit les comptes, sans verser de salaire à l’entraineur. »

En attendant, une réunion de ligue, tant espérée, devrait avoir lieu, le 12 octobre. Beaucoup espèrent que « que les choses soient dites clairement, et que Serge Viaud demande de l’aide, pour avoir une équipe qui avance, avec quatre à six réunions par an, ou à la rigueur une par trimestre. » Certains se disent prêt à s’engager.

Les noms des intervenants sont restés anonymes, par choix du journaliste.

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