Squashlibre

11 questions pour Marwan Elshorbagy

Interview par Alan Thatcher (SQUASHMAD.COM), Photos STEVE LINE (www.squashpics.com), Traduction Fred Cadeau.

 

Marwan a pour objectif de prendre la première place mondiale à son grand frère Mohamed

Marwan Elshorbagy arrive au Canary Wharf Classic dans une forme exceptionnelle. Battu en demi-finale par son frère à l’Open de Colombie, le numéro 10 mondial nous révèle que son objectif à long terme est de remplacer son frère en haut des classements mondiaux.

 

  1. Cela a été une grande année pour vous avec d’excellentes performances et une progression régulière dans les classements pour occuper aujourd’hui la place de numéro 10 mondial. Vous avez été finaliste à deux reprises lors de l’Open de Chine et de l’Open de Kolkata, vous avez atteint les demi-finales du Bluenose Classic à Halifax en Nouvelle-Ecosse ainsi que les quarts de finale de l’Open de Macau et du Tournoi des Champions à New York. Laquelle de toutes ces performances vous a le plus marqué et pourquoi?

Marwan: L’Open de Chine a été très particulier pour moi évidemment puisque j’y ai battu 3 joueurs du top 15 mondial en l’espace de trois jours. C’est aussi la raison principale pour laquelle je suis rentré dans le top 10, ce qui a toujours été un rêve pour moi. Je m’en rappelle très bien puisque j’ai joué le meilleur squash de ma vie au cours de ce tournoi.

Et bien sûr, jouer au squash sur le Bund (boulevard de Shanghaï) a rendu tout cela encore plus exceptionnel à mes yeux. Le tournoi de Shangaï est très bien organisé. Je me rappelle m’être échauffé avant chaque match dans ma chambre d’hôtel au 11ème étage et le court vitré était au même niveau que ma chambre. La vie était très belle pour moi !

Je n’oublie pas non plus mon quart de finale au Tournoi des Champions : c’est un bon signe pour cette année d’être passé près de la victoire face à Nick Matthew.

 

2: Votre adversaire du premier tour au Canary Wharf est votre compatriote égyptien Fares Dessouki. Comment décririez-vous le style de jeu de Fares? A quoi vous attendez-vous?

Marwan: Fares est un très bon joueur. Il progresse très rapidement. Il est entré dans le top 20 il y a quelques mois et je suis persuadé qu’il ne va pas s’arrêter là.

Je pense que ce match pourrait être le plus passionnant du tournoi et je suis sûr que Farès et moi-même allons tout donner pour divertir le public.

  1. Le Canary Wharf ayant fait le plein de spectateurs, vous allez jouer devant un public bien garni pour le jour d’ouverture à East Wintergarden. En tant que professionnel, qu’est-ce que cela vous apporte ?

Marwan : La dernière fois que j’ai joué au Canary Wharf, c’était en 2012 donc avoir l’opportunité de jouer dans l’une des plus belles installations du monde une nouvelle fois est incroyable.

A chaque fois que j’entre sur le court dans une salle exceptionnelle comme l’East Wintergarden, je prends conscience de la chance que j’ai de le faire.

Je me dis toujours que je dois en profiter au maximum car vous ne pouvez pas savoir si vous aurez l’occasion de revenir l’année suivante ou pas. Je suis impatient de revenir au Canary Wharf et de jouer devant un public si incroyable rend cet événement encore plus particulier pour tous les joueurs.

  1. Il y a quatre Egyptiens dans la partie haute du tirage au sort avec Mazem Hesham qui rencontrera le titulaire d’une wild card Ben Coleman et le favori Omar Mosaad jouera contre Chris Simpson dans le premier tour. Je sais que votre réponse sera sans doute longue mais quelles sont à votre avis les raisons qui font que le squash égyptien a autant de succès en ce moment ?

Marwan : Le squash en Egypte a une place importante. Quand vous allez à un tournoi local en Egypte, vous trouvez 200 gamins qui jouent dans la catégorie des moins de 11 ans donc imaginez 200 gamins avec leurs 200 parents et entraineurs dans chaque catégorie.

Croyez moi, en tant que junior en Egypte, vous êtes confronté à beaucoup de choses à un âge très précoce. L’ambiance dans les tournois locaux est très compétitive et cela force les gamins à travailler plus dur pour essayer de sortir du lot et réussir.

Et bien sûr, en Egypte, les parents poussent leurs gamins en permanence à s’entraîner tout en les obligeant à obtenir un diplôme en même temps. C’est la norme du squash en Egypte mais pour moi, les choses ont été différentes car je vis en Angleterre depuis les 9 dernières années et quand j’ai emménagé ici, je n’étais pas l’un des meilleurs jeunes joueurs en Egypte.

J’ai le sentiment que le squash en Angleterre est l’une des raisons majeures pour lesquelles j’ai atteint le top 10 et gagné 2 titres mondiaux en junior. Je me suis entrainé à Millfield School dans le Somerset sous les ordres de Jonah Barrington et Ian Thomas pendant quatre ou cinq ans puis je me suis installé à Bristol où je travaille avec Hadrian Stiff depuis longtemps maintenant donc j’ai toujours eu des entraineurs anglais et je pense que sans eux, je ne serais pas arrivé où je suis aujourd’hui.

  1. Pouvez-vous nous parler de votre vie à Bristol s’il vous plait? Comment se passent vos études, l’entraînement et votre vie sociale?

 

Marwan: Pour être honnête, j’ai vraiment beaucoup de chance de vivre dans une ville comme Bristol. Que ce soit avec la communauté du squash ou les amis à l’université, nous sommes tous devenus une grande famille les uns pour les autres. Je me sens toujours à la maison quand je suis à Bristol et je me vois bien y passer le reste de ma vie.

En ce moment, j’étudie pour obtenir un deuxième master à l’Université de l’Ouest de l’Angleterre qui nous a donné à moi et mon frère énormément de soutien au cours des quatre ou cinq dernières années.

En ce qui concerne l’entraînement, nous avons désormais un super groupe de joueurs qui habitent dans la ville. L’ambiance à l’entraînement est excellente. La vie ici est vraiment paisible en comparaison avec la période où j’étais en Egypte où tout est plus difficile et tout tourne autour du squash, ce qui finissait toujours par me mettre sous pression.

Je crois que vivre en Angleterre a de manière générale changer la façon dont je conçois la vie et m’a fait réaliser que tout ne tourne pas en permanence autour du squash, je me sens plus détendu ici dans la meilleur ville du Royaume Uni.

 

  1. J’ai appris que vous viviez en collocation avec d’autres joueurs de squash. Comment vous organisez vous pour la cuisine, le ménage et la lessive avec toutes ces affaires de squash?

Marwan: Moi et mon frère vivons sur le campus dans le ‘village des étudiants’. Nous ne sommes pas encore propriétaires. Nous vivons avec un groupe de joueurs de squash qui a un gros potentiel, particulièrement Josh Masters et James Peach. Je pense qu’ils ont un grand avenir dans le squash en Angleterre. Nous vivons aussi avec deux autres joueurs de squash, Antonio de la Torre qui est numéro 2 au Guatemala et Hakon Standal qui est numéro 5 en Norvège. Je laisse mon frère cuisiner pour moi la plupart du temps puisqu’il s’est mis à la cuisine récemment et il est vraiment passionné, ce qui m’arrange bien puisque je n’ai pas à acheter de la nourriture tous les jours.

Je dois dire que James s’occupe plutôt bien du nettoyage de la cuisine et le salon. La plupart du temps, je bats Antonio à FIFA sur la Playstation donc il se retrouve à faire les machines avec toutes les affaires de squash parce qu’on met ça en jeu avant de jouer. D’ailleurs, il me doit toujours 2 lessives et je le laisserais les faire avant que j’aille à Londres pour le Canary Wharf. En ce qui concerne Josh, j’adore le détruire sur un court de squash.

Je connais ces gars là depuis un bon bout de temps et c’est juste génial de vivre avec eux, même si on s’attire des problèmes toutes les semaines quand la police vient faire un tour chez nous à cause de plainte à propos du bruit!

  1. Vous jouez avec la nouvelle Harrow Silk. Pouvez-vous nous décrire les atouts de cette raquette?

Marwan: Harrow est une super entreprise. Ils prennent vraiment soin de leurs joueurs et les traitent comme des membres de la famille, surtout quand vous leur êtes fidèle.

Je joue avec la nouvelle raquette Harrow Silk qui a une forme différente de celles que la plupart des joueurs utilisent. Je l’aime beaucoup parce qu’elle est légère et me permet de jouer à un rythme élevé. Le jeu devient de plus en plus rapide aujourd’hui et la raquette me donne aussi de la puissance, ce qui est toujours bon à avoir. C’est seulement ma deuxième année chez Harrow mais j’envisage de rester avec eux aussi longtemps que possible.

  1. Vous devez être extrêmement fier de votre frère Mohamed qui occupe à la place de numéro 1 mondial. Quelles sont à votre avis les qualités principales qui l’ont mené à ce niveau de jeu?

 

Marwan: Comme je l’ai dit pour la question 4, quand vous êtes un joueur junior en Egypte, vous apprenez beaucoup. Mon frère a beaucoup appris en tant que junior et cela l’a rendu de plus en plus fort.

Je le respecte beaucoup parce que je sais exactement ce qu’il a enduré en Egypte. Je respecte le fait qu’il a vécu tout ça et qu’il domine maintenant son sport. Je suis très fier de toutes ses performances alors qu’il est encore si jeune et qu’il lui reste encore beaucoup de temps à jouer au squash. C’est hallucinant de penser à tout ce qu’il peut encore faire dans ce sport.

Je n’ai jamais vu de joueur aussi affamé que lui. Il n’arrête pas de travailler son jeu et d’en changer quelques aspects, ce qui fait vraiment la différence.

Comme Jonah me dit toujours, tout est dans l’attention aux plus petits détails. Ma famille est si fière de lui et nous espérons tous qu’il puisse garder sa place de numéro 1 le plus longtemps possible… jusqu’à temps que je la lui prenne!

 

  1. Les Championnats du Monde par Equipe ont été annulés au Caire fin 2015 mais j’ai cru comprendre qu’il existe un projet d’organiser les championnats du monde masculins au Caire plus tard dans l’année sans oublier l’espoir de ressusciter le tournoi spectaculaire au pied des pyramides. Que pensez-vous des conditions de sécurité pour l’organisation d’événements majeurs au Caire?

 

Marwan: Je sais que le Caire est un endroit sûr et l’organisation de n’importe quel tournoi en Egypte en ce moment ne posera aucun souci. Je pense que ce qui s’est passé pour les championnats du monde par équipe c’est que le timing de l’événement n’était pas bon pour la plupart des joueurs et le fait que la WSF avait changé de lieu pour l’événement un mois avant son début n’était pas le mieux pour les fédérations, surtout au Moyen Orient où tout n’est pas encore très stable.

J’ai demandé à plusieurs joueurs ce qu’ils pensaient de la sécurité et de la sûreté en Egypte et je comprends totalement leurs décisions d’annuler leurs participations à l’événement.

Et bien sûr, avec ce qui s’est passé à Paris, je pense que c’était la bonne décision de repousser l’événement. Mais aujourd’hui, le calme est revenu et les championnats du monde au Caire au Wadi Degla club sous la direction de Karim Darwish pourraient être l’un des tournois les mieux organisés cette année.

  1. Que pensez-vous de l’absence du squash aux Jeux Olympiques?

Marwan: Le squash est un sport difficile, sans doute l’un des sports les plus difficiles en ce moment. Il vous faut être très fort physiquement et mentalement pour jouer à un tel niveau de compétition.

Il est évident que nous méritons une place aux Jeux Olympiques mais je pense que nous devons continuer à nous concentrer sur comment nous pouvons encore améliorer notre sport. Le squash s’est beaucoup amélioré ces dernières années, particulièrement avec SquashTV et même avec les dotations financières. Je pense que le sport va dans la bonne direction. Bien sûr, en tant que joueur, je pense encore que nous méritons encore plus mais il faut quand même remercier la PSA puisqu’ils travaillent dur pour améliorer l’offre télévisuelle et pour trouver des accords avec plein de chaînes.

Les dotations financières des tournois pour les hommes et les femmes ont évolué, surtout pour les femmes, l’arbitrage s’améliore énormément et on ajoute beaucoup de nouveaux tournois dans différents pays et sur différents continents autour du globe, ce qui rend notre sport plus universel.

Je pense que pour les Jeux Olympiques, il s’agit davantage de politique donc nous devons travailler pour faire en sorte de dépasser les autres sports pour que le CIO n’ait plus d’autre alternative que de choisir le squash.

 

  1. Quels sont vos objectifs pour le reste de 2016?

 

Marwan: J’ai bien débuté 2016. Je sens que mon jeu s’est amélioré et je continue de le travailler chaque jour.

Je suis impatient de jouer sur le circuit à travers le monde entier. Je suis reconnaissant pour la vie que je mène et je vais tout faire pour profiter à fond de 2016.

 

Marwan, merci pour beaucoup pour cette super interview et bonne chance pour le Canary Wharf.

 

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